r e v i e w s

Art-O-Rama 2026

par Giorgia Basili

Art-O-Rama. 28 -30 août 2026,

Friche de la Belle de mai, Marseille

Art-O-Rama, le salon d’art marseillais qui se tiendra du 28 au 30 août 2026, en est à sa vingtième édition — même si c’est en 2027 que sera célébré son véritable vingtième anniversaire — et se déroule en parallèle du festival Saison Méditerranée (du 15 mai au 31 octobre 2026).

Fræme, l’organisme organisateur de la foire, s’est également engagé à explorer ce thème à travers l’exposition Sur les ruines, les pierres fleurissent d’Abdessamad El Montassir.

Art-O-Rama semble défier les conventions des foires d’art traditionnelles ; de nombreux collectionneurs italiens, par exemple, ont choisi de se rendre à Marseille en voiture, évitant ainsi le seul vol direct disponible, opéré par Ryanair.

La Friche la Belle de Mai est un lieu sans prétention, extrêmement multiethnique, où coexistent diverses forces sociales. Les prix abordables et la volonté de soutenir les artistes et galeries émergentes (une quarantaine issus de 18 pays différents), dont la moitié a été créée il y a moins de cinq ans, constituent un attrait majeur. Cinq stands mettaient en avant des collaborations entre des binômes de galeries, tandis que 19 galeries participaient pour la première fois.

Parmi les sections les plus intéressantes du salon figuraient l’espace dédié au design contemporain et la section réservée aux Prix de la Région Sud, qui a vu la participation de nombreux étudiants issus d’écoles d’art de la Région Sud (qui comprend la Provence, les Alpes et la Côte d’Azur). La sélection des quatre artistes — qui se verront proposer des résidences auprès de certains partenaires — a été orchestrée par Pierre-Antoine Lalande, et le prix a été remporté par Louise Belin, qui a présenté un projet entièrement consacré à l’univers onirique. L’artiste disposera d’un stand entier qui lui sera dédié l’année prochaine à la Cartonnerie lors d’Art-o-rama 2027.

Une sélection de stands

Jonathan Bréchignac, Stand de la galerie 22,48 m.

La lauréate du prix « Because of many suns » de la collection Taurisano est Cecilia Mentasti, de FRENCH PLACE. La fondatrice, Marta Orsola Sironi, s’exprimant à l’occasion de sa première participation à un salon, a révélé le lien fort qui l’unit à l’artiste.

L’obtention de ce prix s’est accompagnée de l’acquisition de deux dessins (stylo, marqueur et autocollant sur papier) qui reproduisent – tout en y ajoutant des altérations dysfonctionnelles – les plans d’évacuation du centre d’exposition, faisant partie de la série sur les issues de secours des musées intitulée « Ovunque ma non qui » (N’importe où mais pas ici).

Avec ironie et une sensibilité autobiographique, l’artiste explore la relation entre la mémoire, la vie provinciale, le monde de l’art et la vie quotidienne. Parmi ses œuvres les plus caractéristiques figure une série de pains de savon contenant des photographies, qui ne s’achètent pas avec de l’argent mais s’échangent contre 40 heures de travail pour l’artiste, transformant ainsi le temps et les compétences de l’acheteur en valeur de l’œuvre, comme l’explique le collectionneur Giovanni Scibilia.

En face, la galerie de 22,48 m² met à l’honneur Jonathan Bréchignac, un artiste qui utilise le pollen de pin à la fois comme matériau et comme pigment, le transformant en sculptures, surfaces et installations inspirées des formes visibles au microscope et des processus naturels de l’eau.

Parmi les galeries italiennes, on trouve Triangolo, de Crémone, qui partage un stand avec Sophie Tappeiner. Les deux galeries ont réalisé des ventes. Triangolo expose une œuvre unique de Daniel Graham Loxton sur son stand, bien que d’autres œuvres de l’artiste aient également été vendues — il s’agit d’un artiste américain dont le travail sera présenté de manière plus approfondie lors de la prochaine édition d’Artissima. Jala Wahid, représentée par Sophie Tappeiner, présente une série de 54 papiers représentant des objets mésopotamiens conservés dans des musées du monde entier, mais hors de leur région d’origine. L’artiste cherche également à évoquer les cartes que l’armée américaine distribuait à ses soldats pendant les guerres en Afghanistan et en Iran.

Parmi les galeries qui ont retenu notre attention, citons la Gallery Hayashi de Tokyo. Elle a présenté une seule grande installation qui a piqué la curiosité du public : Anew d’ENTERPRISE. « L’artiste s’est procuré des câbles haute tension qui alimentaient par le passé la ville de Bâle mais, ayant été mis hors service, ils ont perdu leur fonction. Pour ENTERPRISE, ce faisceau de câbles électriques « continue de créer un lien entre les personnes et la société. »

Le stand de Spiaggia Libera est entièrement composé de femmes artistes. La galerie a été fondé par Sacha Guedj Cohen dans le quartier de la Malmousque, la petite crique prisée des Marseillais. La galerie bulgare Punta Gallery (Sofia) avec qui elle partage le stand a également été très bien accueillie. Tout doit disparaître s’articule autour d’un thème commun : le savon et l’huile de rose, des produits artisanaux ancestraux qui font pourtant l’objet d’une industrialisation généralisée. S’inspirant de la tradition savonnière marseillaise et de la Vallée des Roses en Bulgarie, les artistes explorent la métamorphose des matériaux, leur sensualité et leur industrialisation. Le corps féminin est décomposé en fragments d’aluminium et de verre .Veronika Desova & Slava George sont chez Punta, Elvire Ménétrier est chez Spiaggia, elle utilise du silicone, du savon, ainsi que de l’huile sur toile et du métal pour représenter des insectes et des créatures hybrides.

Amandine Guruceaga sur le stand de la galerie Clara Darrason

Ce n’est pas la première fois que Cable Depot participe au salon ; nous avons rencontré l’assistant de galerie Tiziano Tancredi, qui nous a expliqué : « Comme lors des quatre éditions précédentes auxquelles nous avons pris part, le salon Art-o-rama de cette année et l’ambiance animée qui a donné vie à Marseille au cours de cette semaine chargée se sont une nouvelle fois révélés être un formidable lieu d’échange et de dialogue avec les commissaires d’exposition, les directeurs de musées et les collectionneurs. »

Le salon se distingue également des autres par la diversité des supports exposés sur les stands et dans les espaces d’exposition dédiés : peinture, sculpture, photographie, installation et design. Ainsi, Royal Lodge Book invite le public à découvrir l’or comme vecteur de mémoire, de transformation et de résonance.

DITTRICH & SCHLECHTRIEM de Berlin, quant à elle, présente une série de photographies de Lukas Städler prises à Marseille lors du séjour de l’artiste dans cette ville.

SAISON 4 ÉPISODE 6 + LAILA présente une exposition en duo réunissant Michael Sandford, artiste australien basé à Londres, et Christina May Carey, artiste australienne basée à Melbourne. La galeriste explique : « Le travail de Michael explore la mécanisation de l’espoir à travers des bougies votives. Leur système d’alimentation par piles évoque une forme de funambulisme : d’une part, il permet à la prière de perdurer indéfiniment, mais de l’autre, le câblage est tel que la puissance des piles s’avère excessive pour les lampes. Par conséquent, celles-ci s’éteignent parfois et nécessitent alors une réparation. » Rattails (2024) de Christina May Carey, créé à partir d’un tapis de fils et de vidéos diffusées en streaming depuis des iPhones et des iPads. « L’œuvre de Christina, quant à elle, se concentre sur l’infrastructure de la surveillance. Chacun des sept écrans diffuse la même vidéo, mais de manière désynchronisée. Or, il est impossible de saisir l’essence de la vidéo dans son intégralité, car on ne peut pas la regarder en une seule fois. De la même manière, on pourrait penser aux systèmes de surveillance ou aux situations intimes que nous vivons quotidiennement au sein de ces systèmes, en particulier les systèmes de surveillance publique. »

Sissi Club, fondé par Anne Vimeux à Marseille, présente une exposition personnelle de Joshua Merchan Rodriguez, né en 1996 à Bogotá. Dans Panmetallism (2025–2026), l’artiste évoque l’atelier qu’il a construit lors de sa résidence à Ojalà, où des cuves de galvanisation contiennent divers matériaux transformés par l’électrolyse du cuivre.

La galerie Clara Darrason a ouvert ses portes en 2024 dans un appartement parisien, à la suite de l’expérience de la galeriste à New York au sein de l’espace connu sous le nom de The Chimney. Le stand, inspiré des dioramas des musées d’histoire naturelle, ressemble à un paysage déconstruit et transformé par un incendie ou une vague géante. Julia Gault concentre davantage son travail sur la terre et l’eau ; elle a créé une installation à partir d’argile coulée qui a séchée durant les trois jours de la foire. Amandine Guruceaga — l’une des premières lauréates du Prix LVMH — s’intéresse aux pyrophytes, ces plantes qui tirent profit du feu ou s’épanouissent grâce à lui ; elle crée ainsi des sculptures à partir de PVC recyclé, de tissu et de cuivre brûlé.

Retour à The Bridge Gallery à Paris, fondée par les deux jeunes artistes Alexandre Fabry et Vianney Salzac, spécialisée dans les artistes africains contemporains et ceux de la diaspora. Elle présente une élégante exposition personnelle de l’artiste sud-africain Dale Lawrence (1988), composée d’œuvres conceptuelles qui explorent la poésie visuelle, la répétition et la superposition.

Il en va de même pour l’espace londonien Milość, ouvert par l’artiste polonaise Aleksandra, qui présente les œuvres de deux peintres, mari et femme : Sophie Vallance Cantor et Douglas Cantor. Le stand, particulièrement coloré est dominé par des figures humaines qui alternent avec des créatures sauvages et des fleurs, sur des toiles, des paravents et une vidéo — Madre De Perla — fruit d’une collaboration entre les deux artistes.

Sophie Vallance Cantor et Douglas Cantor sur le stand de l’espace Milość.

En quittant le salon, la ville s’anime grâce à une constellation d’événements, d’expositions et de visites d’ateliers. Parmi les rendez-vous incontournables figure la troisième édition d’Artagon Marseille, un espace accueillant des artistes et des créatifs à des prix abordables, où l’on peut découvrir de jeunes talents tels que Maymouna Baradji, qui réinterprète des photographies de sa propre famille à la recherche de ses origines.

Toujours au Mucem, l’exposition très commentée sur la maternité (désormais terminée), aux côtés de deux nouvelles expositions permanentes consacrées à l’art populaire et à la Méditerranée, ainsi que l’exposition personnelle de Clément Cogitore. Ferdinandea, l’île éphémère, qui se tient jusqu’au 20 septembre 2026, explore la disparition de l’île volcanique de Ferdinandea.

head image : SAISON 4 ÉPISODE 6 + LAILA Michael Sandford et Christina May Carey

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