Interstellar. Ré-imaginer la Terre
HAB Galerie – Nantes, du 23 mai au 27 septembre 2026
Sous l’impulsion de Sophie Lévy, sa nouvelle directrice, Le Voyage à Nantes ouvre un cycle de quatre ans autour des quatre éléments qui débute, cette année, par la terre. Suivront l’eau, l’air, puis le feu. À l’échelle de la ville, un parcours propose la découverte d’œuvres contemporaines pensées dans une relation forte aux différents lieux investis. En parallèle, s’ouvre, à la HAB galerie, sur l’île de Nantes, une exposition intitulée « Interstellar. Ré-imaginer la Terre », dont le commissariat a été confié à Marc Donnadieu. Conçue comme le noyau du parcours, l’exposition emprunte son titre au film de Christopher Nolan et s’envisage comme un voyage vers la Terre, décalant le point de vue du spectateur, l’imaginant de retour sur terre, découvrant avec un œil « extra-terrestre » son étrange planète.

Comme l’explique Marc Donnadieu : « L’exposition nous invite à “ré-imaginer” la Terre à partir des œuvres d’une vingtaine de plasticiens, photographes, vidéastes et designers contemporains de générations, de provenances et de langages divers […] Elle se donne comme ambition d’élaborer des récits alternatifs et d’ouvrir des regards inédits sur une Terre tout à la fois si proche et si lointaine. Guidé par une conscience critique propice à l’observation autant qu’à l’analyse, chaque artiste y développe non seulement des points de vue spéculatifs ou des représentations fictionnelles sur “notre” monde, mais en reformule surtout des devenirs collectifs et partagés, sous la forme d’utopies inédites et fascinantes, afin de ne plus rester, individuellement, dans l’incertitude de l’éternité de [notre] condition future. »
Le propos de l’exposition se construit autour d’un récit fictionnel. Il s’ancre dans l’histoire de l’astronomie, de la littérature et du cinéma d’anticipation et s’appuie sur notre relation poétique et angoissée à l’infini du cosmos. C’est intellectuellement stimulant, philosophiquement intéressant, poétiquement renversant. Cela dit, aucune des œuvres présentées ne s’est placée dans cette focale extérieure ; elles traduisent des regards de Terriens se positionnant dans une relation plastique, poétique, sensible, critique ou politique à la matière, au sol, à la terre, à l’humanité, au paysage, au cosmos, à l’évolution. Elles se retrouvent là, comme dans un muséum ou un cabinet de curiosités, ressemblant aux fragments d’un récit dont on perd parfois le fil. Chaque pièce déploie ses propres formes et interrogations, développant un positionnement qui ne s’embarrasse pas toujours d’un propos curatorial.
L’exposition s’ouvre sur un petit espace (sorte de sas spatiotemporel) dans lequel est présenté à côté des photos de Lever de terre issues des missions lunaires états-uniennes, le film iconique de Ray et Charles Eames, Powers of Ten. Ce dernier, conçu et réalisé avec l’aide d’IBM, s’élève progressivement au-dessus d’un couple allongé dans l’herbe jusqu’à atteindre le plus lointain du cosmos, avant de redescendre jusqu’au plus profond de la peau, dans l’espace microscopique qui nous compose. L’idée est posée, préparant le visiteur à renverser son regard et entrer dans une sorte de vertige gravitationnel.
Le parcours est pensé en sept séquences, mais laisse au visiteur la liberté de l’explorer comme bon lui semble. Chaque œuvre est comme une météorite conceptuelle contenant en elle quelque chose de notre rapport au cosmos.

Génératives
Suspendu par quatre câbles, un tamis rectangulaire sur lequel a été formé un paysage en fines fibres de coco laisse filtrer son contenu au gré des vibrations qui le traversent. Un nouveau paysage se génère au sol. Négociation 34 – Porter surface, de Caroline Le Méhauté est comme un sablier céleste qui capte le temps, autant que les ondes qui voyagent jusqu’à nous. Pour Évaporites II, Ilanit Illouz installe deux tirages pigmentaires dans deux bacs en acier inoxydable remplis d’une solution de sel et de cendre. L’évaporation, la cristallisation, la salinité rongent petit à petit l’image, l’altèrent pour créer un autre paysage. Pour Computing Assist, prototype no 2, Arthur Gosse utilise la croissance d’un blob pour générer un programme numérique, sorte de dispositif d’assistance poétique.
Archéologie
Certaines œuvres semblent comme fossilisées, témoignages difficilement décryptables d’un temps, d’un récit, d’une existence, prenant des formes empruntées à l’histoire, la géologie, la science, l’imaginaire collectif… Ainsi, l’installation d’Anaïs Lelièvre, Coquilles (Flèches), dessine un paysage entre ruine, concrétion et apparition. Les designeuses Astrid Krogh et Constance Guisset jouent entre lumière, matière et rêves telluriques. Le monolithe de Hongjie Yang, Synthesis Monolith V-2, propose au visiteur un face-à-face énigmatique.
Exploration
Plusieurs vidéos génèrent des temps d’immersion dans des espaces matriciels en transformation, jouant avec la particularité optique de certaines focales, ou avec l’IA. Dans La Grotte de Pauline Julier, la caméra se déplace tel un tourbillon à l’intérieur d’une caverne. La colorisation en bleu, les glissements optiques modifient la notion d’espace, propulsant le regard dans l’incertitude. Atacama, de Caroline Corbasson, relate l’expérience menée dans le désert au Chili, où elle a installé, au pied des télescopes, un dispositif simple, sorte de grande aiguille de montre tournant sur elle-même, soulevant des petits nuages de poussière comme autant de messages potentiels envoyés vers l’univers. L’œuvre se déploie tel un lent récit d’aventures, suivant le principe d’une mécanique aussi absurde qu’amoureuse. Cosmorama, de Hugo Deverchère, capte, avec une caméra infrarouge, la blancheur des paysages forestiers ou désertiques de Tenerife. Hypnotisé par la taille de l’image, la profondeur du son et la régularité du travelling, le spectateur en perd presque l’équilibre comme s’il entrait en apesanteur.
Archives
« La Bibliothèque », partie la plus habitée de l’exposition, présente un ensemble d’ouvrages astronomiques magnifiques et de météorites provenant de la médiathèque et du Muséum d’Histoire naturelle de Nantes. Dans un coin, la Space Library de Clément Fourment regroupe un ensemble de petites pages réalisées en grès et porcelaine sur lesquelles l’artiste a redessiné, en se les appropriant, les représentations cosmiques qui traversent notre imaginaire. C’est beau, fragile, incroyablement délicat.
Si le propos parfois s’échappe sur des orbites improbables, la plupart des œuvres proposées ouvrent une multitude de portes que chacun choisira d’emprunter.
Head image : Ray & Charles Eames, Powers of Ten, 1977 © 2026 Eames Office, LLC. All rights reserved
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- Du même auteur : Plants and People, Dans les plis des cartes, Quinzaine Photographique Nantaise (QPN),
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