r e v i e w s

Los Angeles Confidential à Pougues-les-Eaux

par Benedicte Ramade

Los Angeles sous le manteau

Qu’on se le dise, Pougues-les-eaux n’est pas Los Angeles. Sans discussion possible. D’ailleurs, l’exposition ne cherche pas à tromper son monde, pas une seconde, et assume son grand écart entre ruralité et ultra-urbanisme. Pourtant, dès la première minute, la sensation légère mais indélébile d’un anachronisme fondamental, s’installe. Et ce n’est pas pour déplaire. Car Los Angeles confidentiel porte bien son nom. Malgré quelques noms mainstream – Walead Beshty, Mario Ybarra Junior, Liz Craft, Eric Wesley – la sélection reste largement inconnue en France. Résolument confidentiel, la surprise est d’autant plus excitante que L.A. est devenu le nouveau Graal français. L.A.C. se frotte aux artistes qui se construisent avec la ville, avec son potentiel autofictionnel rageur et « propose un instantané local ». Le principe est suffisamment souple pour permettre de marier l’esprit analytique des dessins néo-post minimalistes de Julian Hoeber au hippy cool de Liza Craft et son Captain cavern en bronze, ode à la paresse hédoniste de Venice beach. Mais comme dans tout portrait de scène, le côté tentant est de pointer les absents, il y en à, de Justin Beal à Ruben Ochoa, de Stanya Kahn à Michela O’Marah. Mais à ce jeu là, on ne gagne rien de plus. C’est peut la folie des vidéos sélectionnées avec acuité et enchaînées dans une des salles qu’il aurait simplement fallu distiller dans l’exposition, peut-être un peu trop sage, polie et bien rangée. Dire que L.A. est bordélique est un cliché bien européen mais la désorientation que subissent tous les angelinos est bien réelle. Et la relation amour-haine qu’ils entretiennent avec leur écrin crasseux et tentaculaire, n’a rien d’une légende. Tout le monde aime détester L.A. La déviance ontologique des œuvres créées à Los Angeles ou à partir de cette ville ne tient pas plus du mythe. Et çà, toutes les œuvres de L.A.C. l’instillent remarquablement dans le cerveau du visiteur. Du collier bling en forme de gaufre surgelée dorée à l’or fin par Eric Wesley à ses Assholes, série de trois parois en placoplâtre, défoncées à l’identique, sorte de poème punk clean jusqu’au remake homemade super vernaculaire d’Alien d’Amy Sarkisian, l’anachronisme est roi. La décadence, le syncrétisme culturel de la West coast rebattu à longueur de papiers lorsqu’est dépeinte la scène de Los Angeles, tout cela est vrai. Cette polysémie baroque aurait gagné à insérer entre les œuvres le clip délicieusement pourri de Los Super Elegantes ou la vidéo perchée de Miguel Nelson, party boy proche du modèle « Perez Hilton ». Ce sont des perles qui ont été trouvées là et elles auraient joué un dérèglement parfait pour les mille-feuilles référentiels d’artistes néo-conceptuels comme Walead Besthy ou Farrah Karapetian. Le premier a fait envoyer par Fedex trois sculptures en verre aux exactes dimensions des emballages, elles sont exposées en l’état, amochées. Karapetian a de son côté réalisé un montage photographique en trois dimensions à partir d’images documentant l’effondrement d’une autoroute. Ces deux œuvres-là valent à elles seules le déplacement. Car ce genre d’emboîtement intellectuel est l’une des caractéristiques de la scène de Los Angeles la moins connue dans l’hexagone, tous les artistes n’ayant pas mangé au petit-déjeuner du McCarthy ou du Mike Kelley mâtiné de Chris Burden et ne goûtant pas l’overdose. L.A. Confidentiel a ainsi la grande qualité de transmettre une part de cette hétérogénéité largement méconnue en France et de ne pas avoir fait semblant de reconstituer une ambiance. Même s’il manque un peu de « spirit », l’incarnation est une belle promesse. On aimerait d’ailleurs qu’il y ait d’autres épisodes, un pilote appelle toujours une série. Bénédicte Ramade

Los Angeles confidentiel, Parc Saint-Léger, Pougues-les-Eaux, du 28 juin au 15 septembre 2008

Vue de l'exposition La-confidential

Vue de l’exposition Los Angeles Confidentiel, Parc Saint-Léger, Pougues-les-Eaux


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