Biennale de Sharjah

par CS


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Sharjah Biennale
Terra Infirma
par Claire Staebler
Pour plusieurs raisons la neuvième biennale de Sharjah est plutôt une bonne surprise. Pionnière dans les Emirats, la biennale est relayée depuis trois ans par la foire Art Dubaï et le développement de nombreux projets muséaux pharaoniques à Abu Dhabi. Plus qu’une exposition, elle est devenue une véritable institution, sous l’impulsion de son directeur artistique Jack Persekian, qui démontre aujourd’hui sa volonté de donner de l’espace à de jeunes artistes régionaux et de promouvoir une scène locale face aux futurs Louvre, Sorbonne, Guggenheim et autres projets hollywoodiens.

Nikolaj Bendix Skyum Larsen Rendezvous* 2009 – 2 screen video installation Copyright Plamen Galabov

Réalisée en partie via un appel à candidature ouvert à tous, il s’agissait pour Jack Persekian de rendre visible le processus, de la sélection à la production des œuvres, dans une région où le contexte artistique est encore à inventer. Composée de 62 artistes, dont 36 femmes (!!!), la biennale de Sharjah offre une sélection régionale ancrée dans une réalité locale en comparaison avec l’édition précédente plus orientée vers un top ten international. Ainsi Provisions for the Future sous la houlette d’Isabel Carlos et Past of the Coming Days initié par Tarek Abou El Fetouh réunissent des artistes arabes, iraniens, libanais, palestiniens, turques mais aussi français, danois, italien et russes, pour la plupart âgés entre 25 et 40 ans.
Dans son livre Terra Infirma, Irit Rogoff développait, à l’aube du 21eme siècle, la théorie selon laquelle la géographie était un langage en crise, incapable de figurer les changements dans un monde postcolonial et postsoviétique. Comment les lieux et les identités peuvent-ils être représentés dans notre culture visuelle? Sharjah offre quelques pistes de réflexions. Les concepts d’immigration, de narration, de fiction, de nomadisme et d’exil sont à l’œuvre dans l’exposition Provisions for the Future, reflet de ce territoire renaissant où le temps semble démultiplié.
Lors d’une résidence en 2005, l’artiste danois Nikolaj Bendix Skyum Larsen a développé de nombreux contacts avec des travailleurs immigrés indiens et  pakistanais. Invité pour la biennale en 2009, l’artiste a décidé de renouer avec ces travailleurs, de les filmer, puis de retrouver leurs familles, restées dans leur pays, afin de les filmer également. Exposée dans un espace tout  en longueur, l’installation – composée de deux grands écrans – montre les visages de ces familles désunies, pour des raisons économiques, et qui apprennent à vivre tant bien que mal les uns sans les autres. Cette vidéo renvoie, avec poésie et sans discours, à une situation qui touche plus de 700 000 personnes rien qu’à Dubaï. Un cimetière de drapeaux, les visages de martyrs à Beyrouth, les espaces photographiques vides de Lamya Gargash, l’installation sonore de Sheela Gowda, de nombreux fantômes (in)visiblement hantent cette biennale. La thématique des ruines, de la guerre, de la reconstruction est récurrente dans cette exposition notamment avec la série de photos de Ziad Antar. Beirut Bereft, Architecture of the Forsaken and Map of the Derelict est le fruit d’un travail de collaboration entre Rasha Salti, écrivain, et Ziad Antar, artiste, sur les hôtels abandonnés et jamais achevés à Beyrouth depuis la guerre. Squelettes de béton, spectres d’armatures, ces architectures ponctuent un paysage en transition. Diplômée de l’école d’architecture et de design de Sharjah, Reem Al Ghaith, née en 1885, travaille sur les mutations urbaines et sociales et leurs connections avec l’histoire et ses traditions. Dubai: What’s left on my land, une maquette de la ville montre l’espace inoccupé versus l’espace occupé à Dubaï. Une installation à spectateur unique, un couloir dans lequel on pénètre pour un parcours interactif fait de vidéos et de son, l’artiste libanaise Lamia Joreige conçoit un environnement où le spectateur expérimente une réalité différente et où son sens du temps et de l’espace se trouve altéré.
Avec deux nouvelles œuvres conçues spécialement pour la biennale, Laurent Grasso appartient à la courte liste des artistes ayant déjà une visibilité internationale. La vidéo qu’il présente, Sans titre, s’inspire d’une tradition locale, la chasse au faucon, que l’artiste transforme en outil d’espionnage. Equipé d’une micro-caméra l’oiseau devient une sorte de drone animal potentiellement utilisable par l’armée pour survoler des lieux inaccessibles. Poursuivant son écriture en néons bleus, habituellement en référence à l’univers du cinéma et de la fiction, Laurent Grasso pour cette fois reproduit en arabe la phrase de l’écrivain Soufi Al Naffari : « the wider the vision, the narrower the statement », dont les différentes interprétations sont à méditer.
Pour finir Lara Favarreto nous offre une touche de burlesque et de couleur grâce à son installation en extérieur. L’artiste italienne qui ne manque pas d’humour a simplement installé dans les niches de la cour de la maison historique Shamsi plusieurs grands rouleaux de couleurs vives, habituellement utilisés dans les laveries automatiques pour voitures. Proposant un ballet rafraichissant, cette œuvre contraste totalement avec son environnement et semble défier la ville de Sharjah soudain si silencieuse et si monochrome.

Claire Staebler
http://www.sharjahbiennial.org/en/default.html

Irit Rogoff, Terra Infirma – Geography’s Visual Culture, Routledge, London and New York, May 2000


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