SMITH
Cycles
À propos de l’exposition « Ici grand ouvert » de SMITH au MAC VAL, musée d’Art contemporain du Val-de-Marne
Du 23 mai 2026 au 31 janvier 2027
Commissariat : Frank Lamy
La grandeur de l’architecture du bâtiment ferait presque oublier ses usages, les contacts légers, parfois extérieurs, qui ont vocation à générer une rencontre entre l’œuvre et son spectateur. « Ici grand ouvert » nous le rappelle sans détour, lorsque l’on fait face au cycle des œuvres, à leurs imprégnations les unes dans les autres, à leur résonance et, dans le cas présent, à leur complémentarité. L’organisation du parcours de l’exposition évolue à travers l’œuvre de SMITH sous des traits « presque » rétrospectifs. Lors de la visite, on perçoit l’entreprise complexe que l’artiste a engagée avec les équipes du musée, ainsi que son souhait de tout montrer ; ce qui s’est avéré impossible Dans un monde idéal, l’artiste aurait fait tomber tous les murs du musée et aurait même utilisé d’autres espaces. Chaque projet, présenté chronologiquement ou non, aurait été installé côte à côte. Il aurait correspondu à des membres ou à des parties d’un organisme gigantesque, à une sorte d’œuvre, comme un corps ou un territoire. Principe de réalité oblige, et comme SMITH l’explique à l’occasion d’un entretien, ses « organes », tels qu’il appelle ses œuvres, ont subi des « greffes » à partir de choses qui avaient été prélevées ou laissées de côté. « C’est important dans mon approche artistique et dans l’exposition. »

L’aspect à la fois exhaustif et mashup transmet une beauté radicale à l’exposition : cette idée d’un agglomérat qui conjugue la partie au tout, une composition qui forme un ensemble, comme on nous l’enseigne lors des études curatoriales. « Je pars du principe que je ne subis pas la structure comme une contrainte. Au contraire, je vois comment ces espaces, presque en décomposition pour moi, peuvent entrer en contact avec mes idées et mon travail pour créer de nouvelles formes. » Ainsi, à l’idée populaire, aux prémices des années 2000, d’un agglomérat dans l’exposition, s’est substituée, depuis une dizaine d’années, celle du compost. On le voit dès l’entrée de l’exposition « Ici grand ouvert », laquelle marque un nouveau tournant dans l’approche esthétique et plastique de l’artiste. Cela est particulièrement sensible avec le regroupement de plusieurs séries de travaux, depuis Désidération (2012-2017), TRAUM (2010-2014) ou encore l’ensemble Dami (2022-2023). Ainsi, l’artiste transforme le musée francilien en un véritable laboratoire d’un art « en train de se faire » et en cours d’exposition, comme le compost produit son engrais, ici la matière change. Chercheur inépuisable qui se situe perpétuellement en lisière des genres et des disciplines, SMITH propose des ensembles d’œuvres « curieuses » dans un environnement fluide qui s’approprie à la fois le langage de la science-fiction, des sciences sociales et de l’histoire du cinéma.
Poursuivant la correspondance d’une transsubstantiation, c’est-à-dire du passage d’un corps vers une autre entité, l’exposition s’incarne, symboliquement, dans une enveloppe antérieure. L’artiste et les équipes du musée ont conservé les murs de l’exposition précédente « Forever Young1 », afin de composer avec ce qui existe. « Il s’agit d’une approche évolutive et transformatrice. Cette envie de proposer un nouvel imaginaire du musée a guidé mon travail. L’objectif, ici, est de transformer l’idée de réduction en une démarche innovante, offrant ainsi une nouvelle façon de concevoir la rétrospective, notamment pour les artistes de ma génération. » Faire œuvre de « cycles » semble être le projet initial de l’artiste : travailler avec les œuvres comme autant d’artefacts de l’imaginaire ou, du moins, à la manière d’impressions mentales générées par le croisement des images, donnant à voir autrement l’espace qui nous entoure et se manifeste à nous. De même, dans la porosité qui habite les murs du musée, il se joue ici une imprécision des disciplines, comme des images, qui semblent sortir le spectateur de son rôle passif pour « l’exposer à quelque chose » et ainsi le rapprocher du rôle de témoin de l’exposition. Alors, singulièrement, l’artiste s’extrait de la distinction sujet-objet telle que pensée traditionnellement dans notre relation au musée.

En effet, fidèle à la longue histoire du MAC VAL, « Ici grand ouvert » est une exposition ouverte, à l’image du titre choisi avec tact. Elle s’inscrit dans la longue histoire de l’institution et de son pôle des publics. « Jusqu’à Dami, la plupart de mes projets étaient relativement théoriques. J’ai passé dix ans sur ma thèse, donc mes projets étaient en arrière-plan, portés par une méthodologie de chercheur, une certaine rigueur et beaucoup de documentation. Chaque œuvre était accompagnée de kilos de papier pour tout expliquer au spectateur. Mais cela n’a jamais vraiment fonctionné [rires]. » L’artiste a donc reconsidéré cette manière de faire médiation, prenant le parti de l’immédiateté et de l’émotion dans la découverte de son œuvre ; comme en témoignent les traumas spectrographiques (impressions thermiques). Il nous invite à voir, de nouveau, comment un corps, par contact, vient en rencontrer physiquement un deuxième par l’intermédiaire d’une matière invisible.
- « Forever Young », exposition collective qui célébrait les 20 ans du MAC VAL, présentée du 14 juin 2025 au 1er février 2026. Commissariat : Frank Lamy.
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