Plants and People
Musée d’arts de Nantes, jusqu’au 3 janvier 2027.
Frac des Pays de la Loire, jusqu’au 26 avril 2026
Conçue à partir des collections du Musée d’arts de Nantes et de celles du Frac des Pays de la Loire, l’exposition « Plants and People » se décline dans les deux lieux, à Nantes et à Carquefou, proposant, à travers un ensemble important d’œuvres, une réflexion sur les rapports complexes que nous entretenons avec le vivant.
Il est toujours intéressant de croiser des collections, de les confronter, de les faire dialoguer, de mettre côte à côte des œuvres historiques et d’autres plus contemporaines. L’exposition met en lumière la richesse, l’éclectisme, la complémentarité des deux fonds. Celui du Frac, institution récemment déstabilisée par le désengagement politique et financier de la Région des Pays de la Loire, est impressionnant, rassemblant de véritables trésors. À lui seul, il démontre la qualité du travail d’exploration et de recherche mené au fil des années par les différentes équipes, ayant su développer de véritables écosystèmes ouverts, attentives aux artistes et aux publics.

Déclinée en deux lieux, l’exposition scinde son approche, s’intéressant aux œuvres qui explorent le monde végétal au Musée d’arts et celles qui se confrontent au monde animal au Frac.
À Nantes, au Musée d’arts, dans l’une des ailes des petites galeries, l’accrochage s’articule autour de l’artiste ukrainienne Alevtina Kakhidze. Son œuvre, tel un récit graphique, se décline en huit grandes feuilles sur lesquelles elle raconte la guerre menée par la Russie qu’elle compare à la stratégie de certaines plantes invasives qui poussent autour de sa maison. Le parallèle est aussi fort que poétique : « Les espèces invasives surmontent facilement l’espace et le temps en envahissant de nouveaux territoires et en faisant souffrir les espèces locales jusqu’à ce que certaines finissent par disparaître […] Et moi, je me comporterai comme une plante (endémique), je resterai sur place, malgré les tirs. Ne pas fuir. » Quelles stratégies mettre en place pour résister ? L’artiste évoque par le biais des plantes et par le dessin plusieurs hypothèses.
Très éclectique, le choix des œuvres présentées ouvre autant de portes de lecture que de points de vue, démontrant la fascination des artistes pour le monde végétal. Si certaines approches semblent contemplatives (le magnifique film de Rose Lowder se développant comme un bouquet d’images), d’autres affirment un regard plus interrogatif, voire militant (les cicatrices de la terre, photographiées par Sophie Ristelhueber, la Terre protégée III de Gina Pane, les photos de paysages miniers de David Goldblatt…). Pour certains artistes, c’est l’expérience du corps avec le végétal qui fait sens de proximité, de relation (la magnifique photo d’Elina Brotherus, l’Alpi Marittime de Giuseppe Penone). Souvent source d’expérimentations, support poétique, amoureux, parfois politique, ou métaphorique, le végétal – par ses dynamiques, ses formes de résiliences et ses fragilités – dessine le monde et tisse avec nous des liens d’interdépendances fragiles qu’il faut rendre perceptibles.
À Carquefou, au Frac, la salle d’exposition s’ouvre sur le tableau l’Entrée dans l’Arche de Castiglione (xviie siècle) et se développe, comme un bestiaire « ouvert », véritable cabinet de curiosités « habité ». Les artistes y convoquent ce monde animal qui peuple notre planète, nos rêves, nos corps, nos inquiétudes écologiques. Là encore, les approches sont multiples, anthropocentriques, éthologiques, métaphoriques, poétiques, de plus en plus politiques ou chamaniques. Des petites sculptures animales de Pompon à la vidéo « sauvage » de Francis Alÿs, des toiles et dessins de John Murphy à Brascassat, de Xie Lei, Makiko Furiuchi, confrontée aux céramiques de Katia Kameli, à la « chaude » installation (Lupa) de Nicolas Deshayes, l’exploration est riche et souvent enthousiasmante. Les différentes formes hybridées que l’on retrouve dans de nombreuses œuvres (de Jean-Luc Verna, Slavs and Tatars ou Raqs Media Collective…) semblent affirmer l’importance de notre part animale.
Pendant mon passage au Frac, un petit groupe de collégien·nes visitait l’exposition avec une médiatrice. Un des élèves est resté très longtemps assis devant la double vidéo de Shimabuku, puis, déplaçant son tabouret, il s’est installé face à la grande fenêtre bandeau qui s’ouvre sur la verdure du parc, abandonnant son groupe pour sa propre rêverie. Au même moment, sur le cartel à côté du Greffon de Jean-Luc Verna, je relève cette citation : « Présenter ces créatures est une façon pour moi de parler des gens. Ce sont des incarnations qui traduisent des humeurs et des sensations. À un moment donné, on se sent faune, à un autre satyre. » Le tout est de rester vivant, dans tout ce qui nous constitue et nous est cher : le végétal, l’animal, l’art…
head image : Elina Brotherus, Portrait Series (Gelbe Mudik with Sunflowers) de la série The Baldessari, 2015. Photographie, tirage couleur pigmentaire monté sur aluminium, 83,5 X 114 X 3,5 cm avec cadre; photo : gb agency Adagp, Paris 2025.
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- Du même auteur : Dans les plis des cartes, Quinzaine Photographique Nantaise (QPN),
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