r e v i e w s

Olivier Nottellet, Paul Pouvreau & Pauline Fondevila

par Alexandrine Dhainaut

olivier nottellet

Olivier Nottellet« Tendre », du 8 février au 30 mai / Paul Pouvreau« Matières premières » du 8 février au 30 mai / Pauline Fondevila« L’Encyclopédie du naufragé » du 8 février au 21 avril.
CRAC de Sète

Mis au pied des murs du CRAC de Sète, Pauline Fondevila, Paul Pouvreau et Olivier Nottellet ont investi directement les cimaises blanches du lieu pour trois expositions monographiques distinctes, tout en offrant certaines résonances entre elles : chacun aborde à sa manière la question du paysage et tend à déborder son médium de prédilection pour flirter avec d’autres disciplines. Chez Olivier Nottellet, le dessin ou la peinture sont avant tout envisagés comme révélateurs d’un volume. Le peintre se fait sculpteur, en travaillant par ajout ou retrait de matière picturale et en jouant sur les effets de perspective. Etalée sur toute l’aile gauche du rez-de-chaussée, l’œuvre Tendre, spécialement conçue pour le lieu et composée d’une succession de peintures murales, est impossible à appréhender d’un seul coup d’œil. Nottellet invite à une véritable expérience physique toute en longueur. Il faut y circuler pour établir des liens visuels entre les diverses parties qui la composent, largement guidé par une palette chromatique restreinte : le blanc, couleur originelle du mur, le jaune et le noir, utilisés en aplats – en masses pourrait-on dire – ou en motifs, trois couleurs respectivement choisies pour leurs qualités de circulation, de profondeur et de fermeture. Par une grande économie de moyens, Nottellet orchestre une partition particulièrement rythmée (ou un scénario, il cite volontiers Ozu comme influence pour cette exposition) qui maîtrise ses silences (le jeu avec le blanc recouvert ou laissé vierge), ses raccords visuels entre les motifs (la multiplication des angles de vue depuis lesquels les éléments de l’œuvre peuvent interférer, révéler ou contrarier le bâti). La question de l’échelle est ici fondamentale, l’artiste jouant sur la monumentalité du lieu pour constamment faire lever les yeux.

C’est à un mouvement inverse que les œuvres récentes de Paul Pouvreau nous invitent, en explorant davantage le ras du sol. Tout aussi intéressé par les questions d’échelle et de paysage, ses sérigraphies de grand format marouflées au bas des murs sont des agrandissements de paysages miniatures recréés faits d’emballages quotidiens (briques de lait, boîtes de mouchoirs ou autres) élevés au rang d’architectures dans un jeu constant entre volume et planéité. La forme même de ces emballages cartons et plastiques, leurs éléments graphiques, logos et symboles, constituent depuis de nombreuses années le vocabulaire formel de Paul Pouvreau, qui trouve là le moyen d’opérer par analogie des glissements humoristiques ou poétiques entre le fictif et le réel. Il en va de même dans ses photographies de petit format qui démontrent un intérêt formel pour les encombrants, ces ready-made d’architectures posés à même le sol dans les rues qu’il fixe tels quels, ou ces matériaux pauvres qu’il réagence pour composer un paysage. Mais plus largement, son travail photographique interroge le statut de l’image, réflexion que l’accrochage rend ici particulièrement évidente. Elle est à la fois mise en scène, image documentaire par la présence de signes de notre quotidien, affiche publicitaire (en plus de celles présentées au CRAC, des sérigraphies grand format sont disséminées dans les rues de Sète le temps de l’exposition) ou même décorative (la dernière salle présente un mural, transformant les agrandissements d’emballages en papiers peints sur lesquels sont accrochés des dessins sur prospectus).

Chez Pauline Fondevila, le dessin est une forme d’écriture autobiographique. À l’étage, elle a varié les supports en présentant un dessin mural, deux séries de dessins aux titres aquatiques (Je chante pour les poissons, Les poissons chantent pour tout le monde, L’Encyclopédie du naufragé), l’une à l’encre, l’autre au stylo bille sur des pages d’un carnet de notes. Des trois, le travail de cette artiste est le plus introspectif, puisant à la fois dans son imagination (son univers graphique est peuplé de créatures hybrides où l’animal et le végétal sont mêlés, d’humains et de têtes de mort) et dans ses références personnelles. Chaque page de son Encyclopédie associe un court texte écrit à la première personne au dessin d’un film, au portrait d’un artiste, d’un musicien connus… Autant d’associations subjectives entre le texte et l’image qui peuvent laisser le visiteur un peu de côté (l’accrochage de deux cent cinquante-deux pages en enfilade selon un même mode texte / dessin aura tendance à en faire une œuvre répétitive qui essouffle rapidement), alors que jusque-là, les œuvres de Nottellet et Pouvreau avaient multiplié les stimuli à notre attention.


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