Entretien avec Frank Elbaz

par Aude Launay

Aude Launay : Qu’est ce qui lie la galerie Frank Elbaz à Los Angeles ?

Frank Elbaz* : Tout a commencé en 2005 lorsque j’ai remarqué le travail de Kaz Oshiro dans l’exposition « Thing, New Scupltures from Los Angeles » au Hammer Museum. C’est ensuite par son intermédiaire que j’ai rencontré Mungo Thomson avec lequel je vais bientôt collaborer. Il y a aussi l’estate de Wallace Berman que je représente depuis 2009, artiste que j’avais découvert lors de l’exposition « Los Angeles 1955-1985 » au Centre Pompidou.
En ce qui concerne l’actualité des artistes de la galerie à LA ces temps-ci — Davide Balula chez François Ghebaly et Bernard Piffaretti chez Cherry & Martin — ce sont des projets qui étaient en germe depuis un moment et qui se sont cristallisés au moment de Ceci n’est pas… mais ils auraient eu lieu de toute façon. Matt Connors tenait à montrer Piffaretti à LA et il a réussi à convaincre son galeriste Philip Martin. Francois Ghebaly suivait le travail de Balula depuis un moment et les choses se sont faites naturellement.
Los Angeles, c’est l’Amérique que j’aime, ce côté « vraie Amérique » que l’on ne ressent plus à New York qui est trop cosmopolite, trop babélienne pour cela.

On ne cesse d’entendre parler d’une migration des artistes américains vers Los Angeles…

F.E : Los Angeles, c’est un peu le Berlin des États-Unis. Ce sont toutes deux des villes très étalées, des villes horizontales, qui s’opposent à la verticalité de la côte Est. En discutant avec les artistes, on apprend que ce qui les attire ici c’est la possibilité de l’expérimentation, de travailler dans de grands ateliers sans la pression constante du marché qu’ils ressentent à New York. Il y a moins de compétition à l’Ouest et il est beaucoup plus facile d’y produire des pièces importantes ; la vie y est tellement moins chère et tellement plus agréable…

Justement, y a-t-il un vrai marché de l’art à Los Angeles ?

F.E : Pas vraiment. J’aurais tendance à dire que c’est à Los Angeles qu’on fabrique l’art mais que c’est à New York qu’on le vend. Il n’y a pas ici de middle class de collectionneurs, peu de médecins, avocats qui achètent des pièces à 15 000 ou 20 000 dollars. D’ailleurs Los Angeles, comme Berlin, n’accueille pas de grande foire. Art Los Angeles Contemporary ressemble plus à une foire parallèle qu’à une véritable main fair. Cette année, on y voyait trop de Californie, trop de couleurs fluo… Paris Photo LA, avec son repositionnement sur la moving image est attendue avec impatience par les galeries locales comme étrangères. Et puis sa localisation dans les studios Paramount est une excellente idée.

*Galerie Frank Elbaz, 66 Rue de Turenne, 75003 Paris.


Interview with Frank Elbaz

Aude Launay : What connects the Frank Elbaz gallery to Los Angeles?

Frank Elbaz* : It all started in 2005 when Kaz Oshiro’s work caught my eye in the exhibition “Thing, New Sculptures from Los Angeles” at the Hammer Museum. It was through him that I subsequently met Mungo Thomson, whom I would then be working with before long. There’s also the Wallace Berman estate, which I’ve been representing since 2009—an artist I discovered at the show Los Angeles 1955-1985 at the Centre Pompidou.
Regarding the current shows of the artists of the gallery in LA—Davide Balula at François Ghebaly and Bernard Piffaretti at Cherry & Martin—these are projects which had been germinating for a while, and came together around the time of Ceci n’est pas…, but they would have happened anyway. Matt Connors was keen to show Piffaretti’s work to LA and he managed to persuade his gallery owner, Philip Martin. François Ghebaly had been following Balula’s work for a moment and things took their natural course.
Los Angeles is the America I love, with its “true America” thing, which you no longer feel in New York, which is too cosmopolitan, too Babel-like for that.

We’re forever hearing about a migration of American artists to Los Angeles…

F.E : Los Angeles is a bit like the Berlin of the United States. They’re both very sprawling, horizontal cities, in contrast with the verticality of the East Coast. When you talk with artists, you understand that what attracts them here is the possibility of experimentation, and working in big studios without the constant market pressure they feel in New York. There’s less competition in the west, and it’s much easier to produce large pieces; life is so much cheaper and so much more pleasant…

Is there in fact a real art market in Los Angeles?

F.E : Not really. I’d say that people produce art in Los Angeles, and sell it in New York. There’s no middle class of collectors here, not many doctors and lawyers who buy works for $15,000 or $20,000. What’s more, like Berlin, Los Angeles has no major art fair. Art Los Angeles Contemporary is more like an alternative fair than a real mainstream one. This year there was too much California on view, too many dayglo colours… By refocusing on the moving image, Paris Photo LA is being impatiently awaited by local and foreign galleries alike. And its location in the Paramount Studios is an excellent idea.

*Galerie Frank Elbaz, 66 Rue de Turenne, 75003 Paris.


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