Bruxelles, la nouvelle… Bruxelles

par Alexandrine Dhainaut

Bruxelles, nouveau Berlin ? Nouvel Eldorado ? Rien de tout cela. Nul besoin de comparer avec le voisin allemand ou la contrée mythique d’Amérique du Sud supposément débordante d’or. Bruxelles, c’est Bruxelles, un point c’est tout. Bruxelles est dynamique, attractive, parce qu’elle a fait bouger les lignes artistiques du Vieux Continent.

Du haut de son million d’habitants, Bruxelles est une petite capitale au carrefour de l’Europe. « On n’est loin de nulle part » peut-on souvent y entendre, entre Paris, Cologne, Amsterdam et Londres. Et on y parle toutes les langues, le français et le néerlandais qui sont les deux langues officielles du pays et, pour réconcilier la Flandre et la Wallonie dont les relations ne sont pas toujours au beau fixe, l’anglais met tout le monde d’accord. Ville cosmopolite et ouverte sur l’Europe donc, Bruxelles a de fait toujours attiré les artistes, notamment français. Nombreux ont-ils été et sont-ils encore à fréquenter les écoles d’art dont elle regorge — les plus importantes étant La Cambre, l’ERG, le 75 et Sint-Lukas. Suite logique, nombreux sont les jeunes diplômés à y rester après leurs études. Et pour cause, les loyers, pour des espaces de vie et / ou de travail plus grands, sont de 20 à 30% moins chers que dans les autres capitales européennes. D’aucuns diront que l’augmentation progressive qui opère actuellement est la conséquence de cette vague de Français prêts à débourser pour un logement bruxellois ce à quoi l’immobilier parisien les a habitués.

Vue de l’exposition / Exhibition view of Valentine Siboni « Fata Morgana Don’t dive in what you see », De la charge, 2014 © Valentine Siboni.

Vue de l’exposition / Exhibition view of Valentine Siboni « Fata Morgana Don’t dive in what you see », De la charge, 2014 © Valentine Siboni.

Forts de cet avantage immobilier, pléthore d’artistes bruxellois — et c’est une particularité de la ville — forment des artist-run spaces. En dehors du Wiels, de lieux subventionnés comme Komplot ou Établissement d’en face, ou de centres d’art privés comme La Loge, Bruxelles manque de structures dédiées à l’art contemporain. Les artistes bruxellois prennent donc les choses en main et se lancent de plus en plus dans l’activité curatoriale en parallèle de leur pratique, « parce que leurs voisins le font, dans une sorte de réaction en chaîne. Il y a énormément d’artistes et de gens intéressés par l’art à Bruxelles, mais ça manque d’institutions. On a pris une place qui était libre, il manquait un espace de liberté que les artistes ont saisi depuis quelques années », constate Jérémie Boyard, cofondateur de Rectangle [1], billboard installé au-dessus de l’atelier qu’il occupe. Pour un collectif curatorial comme Rosa Brux [2], un appartement privé s’est lui aussi vite transformé en lieu d’exposition, mué par la nécessité de réactivité. « Au départ, nous faisions des expositions dans des lieux existants et, le temps qu’on monte un projet, ça mettait à peu près un an ou deux. Il y a deux ans, Bétonsalon nous a appelés car ils s’étaient rendus compte qu’on montait la même exposition, sur le même thème. C’était une exposition que nous avions conçue trois ans auparavant. Le temps de la monter, une même idée avait émergé. Nous n’avions pas assez de réactivité. À ce moment-là, nous avons décidé d’avoir un lieu pour ça », explique Nicolas Rivet, artiste curateur au sein de Rosa Brux.

Il est également frappant de constater la relative facilité avec laquelle les artistes initiateurs de lieux comme Rectangle, De la Charge [3], ou le Coffre-fort [4] ont pu obtenir, louer — souvent à moindre frais — et transformer ces espaces. Cultivant l’art de la débrouille pour aménager ces lieux et les rendre publics, les artistes profitent d’une forme de « laxisme positif », propre à Bruxelles, en termes de normes. « On est arrivés là, on a construit le panneau, on l’a placé, il s’est imposé au public, à la commune, aux règles urbanistes, personne ne s’y est opposé », raconte Jérémie Boyard de Rectangle. « Notre force en tant qu’artists run space, c’est justement d’avoir la position d’artistes qui présentent d’autres artistes, qui travaillent dans les mêmes conditions, nous n’avons aucune pression de vente, l’espace de liberté de création est privilégié. On sent maintenant que la dynamique est posée, que l’on peut montrer de l’art en tant qu’artiste, suppléer à la scène visible d’autres recherches, d’autres manières de comprendre la jeune génération, trouver d’autres postures qui permettent de sortir du format traditionnel », poursuit-il. Avec très peu de moyens de production et de diffusion, ces espaces irriguent véritablement la scène bruxelloise mais leur dynamisme est aussi solide qu’éphémère. Les événements et expositions sont souvent « éclair », gérés au gré des activités des artistes. « Bruxelles est une ville de transition, on ne sait jamais combien de temps les lieux vont durer, les expositions peuvent être courtes, ça flotte comme ça », constate Constance Barrère Dangleterre, commissaire freelance au sein de The Ister [5].

« Six possibilities for a Sculpture » Vue de l’exposition / Exhibition view, La Loge 2013. Courtesy La Loge.

« Six possibilities for a Sculpture » Vue de l’exposition / Exhibition view, La Loge 2013. Courtesy La Loge.

Pour son immobilier plus raisonnable et son vivier d’artistes hyperactifs, Bruxelles serait le « nouveau Berlin » que les médias attendent tant. « On compare toujours Bruxelles à quelque chose, on lui donne toujours des surnoms en lien avec d’autres villes. En permanence, on croit que Bruxelles va décoller, qu’elle va devenir très internationale. En vérité, ça fait déjà longtemps qu’elle est internationale », poursuit la jeune femme. Et ce sont ses connections internationales, notamment grâce à la foire Art Brussels où se rendent les collectionneurs du monde entier, qui font de Bruxelles un pôle attractif aux yeux des galeries étrangères et notamment françaises qui s’y installent de plus en plus. Après Almine Rech et Nathalie Obadia, c’est au tour de Michel Rein d’ouvrir un espace rue Washington, stratégiquement situé entre les galeries Xavier Hufkens, Rodolphe Janssen et Maison Particulière (lieu d’expositions à but non lucratif fondé par deux collectionneurs français). « Évidemment, s’installer à Bruxelles, c’est moins cher et plus simple que de s’installer à New York ou à Londres, mais ce n’est pas l’élément déterminant, sinon on s’installerait à Tirana ! On peut penser de loin que nous suivons nos collectionneurs français qui s’installent en Belgique, mais ce n’est pas du tout le cas, c’est un projet qui remonte à plus loin. On va ouvrir notre champ européen à partir de Bruxelles. Nous ne sommes pas des prédateurs de collectionneurs belges. Je ne viens pas piquer le pain des Belges, je viens essayer d’augmenter la taille du pain, bien sûr pour y prélever ma part mais l’idée est surtout de grossir la miche. Nous avons d’ailleurs été très bien accueillis par nos collègues belges qui n’ont pas sorti les kalachnikovs ! On aimerait aussi aider nos artistes français, des artistes comme Raphaël Zarka, Franck Scurti ou Didier Marcel qui méritent de rentrer dans des collections belges », explique Michel Rein, précédé de quelques semaines par la jeune galerie Super Dakota située à quelques mètres de son nouvel espace et dirigée par le français Damîen Bertelle-Rogier. « On vient à Bruxelles avec l’idée de développer une clientèle internationale, à l’image du marché qui est international. La presse française a beaucoup relayé la foire de Bruxelles et les événements du Wiels qui sont de beaux étendards, mais la ville a beaucoup plus à apporter, il y a beaucoup de nouvelles galeries. Et le jeune galeriste de préciser : « Mais Bruxelles n’est pas non plus l’Eldorado que l’on prétend. Certes les loyers sont moins chers mais le coût de la vie est le même qu’à Paris, les impôts sont plus importants, les charges sont plus élevées surtout lorsqu’on est son propre patron. Pour entreprendre, c’est beaucoup plus compliqué qu’en France ».

Si les acteurs de l’art contemporain soulignent le dynamisme des projets à Bruxelles, la disponibilité des espaces, la facilité des rapports humains avec les collectionneurs, le public, les artistes, la portée internationale des échanges et l’absence de rivalité, les lieux fleurissent et périssent tout à la fois. « Depuis que j’ai ouvert ma galerie, explique Sébastien Ricou, jeune galeriste français installé à Bruxelles depuis 2009, il y a cinq ou six grosses galeries qui ont fermé, Maes & Matthys ou VidalCuglietta par exemple ». Car Bruxelles n’est pas plus le pays de cocagne que Paris ou Londres dans une scène et un marché mondialisés, mais c’est précisément parce qu’elle est une ville mouvante qu’elle est par excellence le lieu de tous les possibles.

  1. Rectangle, l’art en 4 par 3. Dans la rue Émile Féron, plutôt calme, pas spécialement passante ni commerciale, trône une énigme : une sorte de panneau publicitaire ne vantant pourtant aucun mérite. Cette bâche tendue de quatre mètres par trois, enclavée au milieu des façades arrière d’immeubles bruxellois, c’est Rectangle, concept développé juste au-dessus de leur atelier par quatre artistes : Cédric Alby, Jérémie Boyard, Pierre-Pol Lecouturier et Xavier Pauwels. Rectangle produit à petit budget une œuvre spécifique qui prend donc place dans l’espace public. L’image affichée demeure visible pendant deux mois et crée un dialogue direct entre artistes et habitants du quartier.
  2. Rosa Brux, expositions en appartement. Avec sa référence directe à Rosa Luxemburg, Rosa Brux est un appartement particulier tout en longueur, reconverti depuis 2012 en espace d’exposition le temps d’un week-end, géré par une historienne de l’art, un graphiste et des réalisatrices. Les événements se concentrent sur quatre jours, du vernissage à l’organisation de performances ou de conférences, jusqu’au finissage. Y sont essentiellement présentés des artistes belges, français et suisses, souvent autour de la question de l’édition et des nouvelles manières de la présenter.
  3. De la charge, pépinière d’artistes. Fondé en 2012, De la charge est un regroupement d’une quinzaine de jeunes artistes plasticiens ou sonores, et d’éditeurs indépendants, autour d’un lieu : un immense atelier à trois niveaux, divisé en spots individuels et espaces collectifs. En plus de l’organisation de concerts, de performances, d’avant-premières de films au sous-sol, les résidents ont également ouvert un lieu d’exposition en façade du bâtiment, sous forme de vitrine d’un côté et d’espace à visiter de l’autre. Sans réelle direction artistique, cet espace vu comme lieu d’expérimentation et outil de monstration autonome voit les artistes y jouer les curateurs à tour de rôle. De la Charge est aussi à l’origine du support papier The Walk regroupant les informations de programmation des lieux non-profit bruxellois.
  4. Le Coffre-Fort, white cube miniature. C’est sans doute un des artists run spaces les plus atypiques et intéressants de Bruxelles. Ancien coffre-fort de joaillier fixé au milieu d’une pièce dans le sous-sol d’un immeuble, exigu et néanmoins ouvert vers l’extérieur par des fenêtres en entresol, ce mini white cube de 2,5 x 2,5 m imaginé et aménagé par trois artistes qui forment l’Artists Club (Grégoire Motte, Thibault Espiau et Ištvan Išt Huzjan) accueille des projets autoproduits allant de la performance à des œuvres graphiques et picturales, ou encore des installations sonores ou visuelles. De cette activité curatoriale, l’Artists Club conserve les moquettes spécifiques à chaque exposition, telle une cartographie des déplacements du public et des placements d’œuvres dans cet objet / espace improbable.
  5. The Ister, société volatile. Composé de huit personnes d’horizons divers, The Ister est un collectif curatorial nomade créé en 2011. Leur absence de lieu fixe en fait une entité volatile spontanée qui pense les expositions au gré des invitations qui lui sont faites à travers l’Europe et ailleurs, le lieu déterminant souvent le projet. « On a commencé dans le loft d’un collectionneur, entre la Playstation, un Stella et un Krueger… On essaie d’éviter le white cube classique », explique Constance Barrère Dangleterre, cofondatrice de The Ister. Leurs activités sont vastes, allant de la programmation d’expositions à la performance, en passant par l’organisation de workshops ou de concerts.

Interviews

Rencontre avec Sonia Dermience et Alberto García del Castillo, curateurs au sein de Komplot

Fondé en 2002, Komplot est un projet curatorial collectif nomade et un espace d’exposition fixe. Sonia Dermience et Alberto García del Castillo, ses principaux commissaires, nous parlent des spécificités de Bruxelles et du rôle de Komplot dans la scène artistique.

Alexandrine Dhainaut : Comment est né Komplot ?

Sonia Dermience : Komplot est à la base un groupe de curateurs freelance. C’est un projet nomade qui suit les opportunités des invitations, en Belgique ou à l’étranger, pour produire des expositions, des workshops, des éditions (livres d’artistes ou la revue Year magazine). Depuis trois ans, nous sommes installés dans un bâtiment qui donne sur la rue, à la fois espace d’exposition, de travail commun et de vie, doté d’une dizaine d’ateliers et d’un lieu de résidence.

Quel est votre créneau artistique ?

S.D : Nous invitons de très jeunes artistes ou des artistes confirmés, locaux ou étrangers. Nous programmons en fonction de nos rencontres, du genre d’espace et du projet que nous avons. Notre fonctionnement est très organique.
Alberto García del Castillo : Komplot continue à faire des projets à l’extérieur, nous ne souhaitons pas devenir une kunsthalle traditionnelle. Nous essayons d’échapper aux centres de production évidents des scènes artistiques en allant dans des lieux indépendants, des villes où la scène est plus petite et où les expositions ont d’autres significations que d’être présentées dans un quartier à la mode. Et, depuis 2011, nous travaillons dans un environnement d’artistes, ce qui nous a permis de mettre en place un « laboratoire d’art » avec une programmation continue d’expositions, à la manière d’un centre d’art. Un des rôles principaux de Komplot à Bruxelles est ce lieu, qui est nécessaire. Une scène artistique a besoin de lieux.

Comment voyez-vous évoluer la scène bruxelloise ?

S.D : J’habite à Bruxelles depuis mes dix-huit ans, j’ai toujours eu des activités artistiques quasi quotidiennes. Il y a toujours eu des projets en appartements, dans des ateliers d’artistes. Aujourd’hui, ils ont sans doute une meilleure visibilité et une meilleure qualité. Ils sont plus « reviewables » pour la presse qui jusque-là ne regardait que du côté des grandes capitales : Paris, Londres, New York, puis Berlin. Il y a énormément d’art contemporain rapporté au nombre d’habitants à Bruxelles. Dans le passé, les seuls étrangers qui venaient étaient les Français, aujourd’hui, les artistes viennent de partout. Mais nous ne sommes pas comme Berlin, Bruxelles reste une petite ville discrète.

Qu’est-ce qui rend Bruxelles si attractive ?

A.G.C : La ville est très centrale, de nombreux artistes connus s’installent à Bruxelles parce qu’ils peuvent facilement se déplacer à Paris ou à Londres. Pour les jeunes artistes, la ville reste moins chère. Beaucoup d’étudiants restent et développent des initiatives juste après leurs études, cela se formalise par exemple dans des ateliers collectifs qui ont un espace d’exposition. Et à Bruxelles, c’est tellement petit qu’au bout d’un an, tu as non seulement une vision large de la scène artistique mais, si tu es actif, la scène a une vision de toi. Ce qui est tout à fait différent à Berlin où tu as toujours le sentiment d’être un étranger de la scène artistique. Mais le revers à tout cela, c’est qu’une scène plus petite peut accueillir moins de gens. La capacité « d’immigration artistique » de Bruxelles est plus limitée que celle de Berlin.
S.D : Et à la différence de Paris, centrée sur la culture française, nous n’avons pas « une » culture, c’est un vrai métissage culturel, une rencontre du latin et du germanique. La ville est animée par tout plein d’initiatives, certes de petite envergure — il n’y a pas vraiment de hype à Bruxelles — mais qui donne à la fois un sentiment de liberté, presque anarchique, et un sentiment de reconnaissance. Tu as l’impression d’exister ici. Contrairement à de très grandes villes, Bruxelles, ça humanise.


Rencontre avec Anne-Claire Schmitz, directrice de La Loge

La Loge fait partie de ces nouveaux lieux non-profit privés. Ce bâtiment singulier accueille une programmation axée sur la pluridisciplinarité et la production de jeunes artistes. Sa directrice, Anne-Claire Schmitz, revient sur le projet de La Loge et son inscription dans le paysage artistique bruxellois.

Alexandrine Dhainaut : Qu’est-ce que La Loge ?

Anne-Claire Schmitz : La Loge est un centre d’art privé, ouvert en septembre 2012 à l’initiative d’un mécène privé, l’architecte Philippe Rotthier. Ses projets philanthropiques sont principalement actifs dans le domaine de l’architecture. Quand nous nous sommes rencontrés, nous ne parlions pas forcément la même langue mais nous avons décidé de mettre en pratique un projet autour de l’art contemporain avec une ouverture vers d’autres disciplines, comme l’architecture.

L’apparition des lieux d’art contemporain privés sans but lucratif est-elle un phénomène récent à Bruxelles ?

A-C.S : Oui, en Europe, c’est quelque chose de nouveau, parce que les pouvoirs publics sont très impliqués dans le soutien de la culture. Ces nouveaux espaces privés sont créés par des gens impliqués dans le milieu, souvent des collectionneurs ; cela fait partie d’une pratique d’activation d’une collection comme Maison particulière ou VanhaerentsArtCollection ou encore le CAB. La Loge se situe dans une démarche différente, il n’y a pas de collection ou de nom à défendre, nous proposons une vraie réflexion sur l’art contemporain.

Quelle direction donnez-vous à votre programmation ?

A-C.S : Elle est d’abord pensée par rapport au bâtiment, une ancienne loge de francs-maçons construite dans les années trente. C’est un lieu qui est loin du white cube, à l’identité très forte, avec une architecture assez fermée, aussi intéressante que compliquée, presque à l’échelle d’une maison avec ses 300m2. Cela crée un aspect confidentiel intéressant. Le public ne vient pas ici par hasard, il y cherche une forme d’expérience. Lorsqu’on m’a confié la programmation de La Loge, je voulais développer un lieu qui soit complémentaire de l’offre existante en Belgique. À Bruxelles, il y a une vraie forme de collégialité et de soutien entre les lieux ; chacun possède une identité singulière. À La Loge, nous développons autant un lien intime avec les artistes qu’avec le public. Il y a quelque chose de très humain, de très direct, sans besoin de médiation. Nous voulons être une plateforme de réflexion et de production pour les jeunes professionnels de l’art et de la culture. 80% de notre public est professionnellement actif dans le champ de l’art, ce sont des étudiants, des jeunes commissaires, des personnes travaillant en institution, des galeristes, des artistes…

Que pensez-vous des artists run spaces à Bruxelles ?

A-C.S : C’est très positif. Il y en a toujours eu et il y en a davantage depuis quelques années. Les artistes qui faisaient ça avant le faisaient de manière moins « institutionnelle ». Les jeunes artistes ont beaucoup plus conscience du champ professionnel dans lequel ils s’inscrivent. Dès le début, il y a une envie de se montrer — et je le dis de manière positive —, ce qui était moins le cas il y a dix ans. Leurs projets font partie d’une démarche artistique, sont mués par l’envie de trouver un lieu de travail et un outil de visibilité. Il est important d’échanger, de se confronter au travail des autres, à l’exercice du montage d’exposition. Peut-être que dans quelques années, ces projets n’existeront plus, mais ce n’est pas un problème. Ce sont des initiatives hyper saines et hyper productives. Il y a un dynamisme aujourd’hui qui est tangible, il y de plus en plus d’acteurs de l’art qui constituent le public de La Loge. C’est aussi pour cela que La Loge fait sens.


Brussels is Brussels

Brussels, the new Berlin? The new Eldorado? Not a bit of it. There’s no need to compare it with its German neighbour or the mythical land of South America, allegedly overflowing with gold. Brussels is Brussels, period. Brussels is dynamic, and attractive, because it has shifted the art lines of the Old Continent.

With its one million inhabitants, Brussels is a small capital at the crossroads of Europe. “We’re not far from anywhere” is what you often hear, between Paris, Cologne, Amsterdam and London. And people in it talk every language, French and Dutch which are the country’s two official languages and, to reconcile Flanders and Wallonia whose relations are not always hunky dory, English brings everybody round to the same way of thinking. As a cosmopolitan city and one thus open to Europe, Brussels has, de facto, always attracted artists, and French artists in particular. Many of them have and still are attending the art schools which the city is full of—the most important being La Cambre, the ERG, the 75, and Sint-Lukas. As a logical sequel, many young graduates stay on in Brussels after their studies, and for a good reason: rents, for larger living and/or work spaces are 20 to 30% less expensive than in Europe’s other capitals. Some say that the gradual rise in rents currently going on is the result of this wave of French people ready to pay for Brussels accommodations what the Parisian property market has already accustomed them to.

Encouraged by this advantage in property prices, large numbers of Brussels artists—and this is a distinctive feature of the city—are forming artist-run spaces. Apart from the Wiels, subsidized places like Komplot and Etablissement d’en face, and private art centres such as La Loge, Brussels lacks structures dedicated to contemporary art. So Brussels artists are taking things into their own hands and becoming increasingly involved in curatorial activities in tandem with their artistic activities, “because their neighbours are doing it, in a kind of chain reaction. There is a huge number of artists and people interested in art in Brussels, but there is a shortage of institutions. We have taken a place that was vacant, a space of freedom was lacking, which artists seized a few years ago”, says Jérémie Boyard, co-founder of Rectangle [1], a billboard installed above the studio he occupies. For a curatorial collective like Rosa Brux [2], a private apartment was also swiftly turned into an exhibition venue, driven by the need for reactivity. “To start with, we put on exhibitions in existing places, and because of the time it took to set up a project, you needed about a year or two. Two years ago, Bétonsalon called us because they had realized that we were putting on the same show, on the same theme. It was an exhibition that we had planned three years earlier. During the time needed to set it up, a similar idea had emerged. We didn’t have enough reactivity. At that precise moment, we decided to have a place for that sort of thing”, explains Nicolas Rivet, an artist and curator at Rosa Brux.

It is also striking to note the relative ease with which artists initiating venues like Rectangle, De la Charge [3], and the Coffre-Fort [4] have managed to come by, rent, often very cheaply, and transform these spaces. By cultivating the resourceful art of just getting on with it, to fix up these places and make them public, artist benefit from a form of “positive laxism”, peculiar to Brussels, in terms of norms. “We arrived here, we built the billboard, we put it in place, it was foisted on the public, the neighbourhood and city-planning rules, and nobody spoke out against it”, recounts Jérémie Boyard of Rectangle. “Our strength as an artist-run space is precisely that we have the position of artists who are presenting other artists, who are working in the same conditions, we have no sales pressure, the space for free creation is a special one. We now feel that the dynamic is in place, and that we can show art as artists, making up for the visible scene with other research, other ways of understanding the young generation, finding other stances which make it possible to get away from the traditional format”, he continues. With very few means of production and diffusion, these spaces are truly informing the Brussels scene but their dynamism is as solid as it is ephemeral. Events and exhibitions are often “lightning” affairs, managed in tandem with the artists’ activities. “Brussels is a city of transition. You never know how long places will last, exhibitions can be short, things just drift like that”, says Constance Barrère Dangleterre, a freelance curator at The Ister [5].

Coffre-Fort & Artists Club (Grégoire Motte, Thibault Espiau et Ištvan Išt Huzjan)

Coffre-Fort & Artists Club (Grégoire Motte, Thibault Espiau et Ištvan Išt Huzjan)

Because of its more reasonable property prices and by being a breeding-ground for hyperactive artists, Brussels is the “new Berlin” which the media have so long been waiting for. “People are always comparing Brussels with something, they are always giving it nicknames linked with other cities, people are forever thinking that Brussels is going to take off, and become very international. The truth is that it has already been international for a long time”, continues the young woman. And it is its international connections, in particular thanks to the Art Brussels fair which is visited by collectors from all over the world, which make Brussels an attractive hub in the eyes of foreign galleries, and French ones in particular, which are increasingly setting up shop here. After Almine Rech and Nathalie Obadia, it is Michel Rein’s turn to open premises on Rue Washington, strategically located between the Xavier Hufkens and Rodolphe Janssen galleries and Maison Particulière, (a non-profit exhibition venue founded by two French collectors). “Obviously setting up shop in Brussels is less expensive and simpler than settling in New York or London, but this is not the decisive element, otherwise people would be going to Tirana! From afar, people might think that we are following our French collectors who are settling in Belgium, but this is not the case at all, this is a project that dates back a long way. We’re going to open up our European arena from Brussels. We are not predators on Belgian collectors. I’m not coming here to pinch the Belgians’ bread and butter, I’m coming to try and increase the size of the loaf, needless to say to take my share of it, but the idea is above all to make the loaf bigger. Incidentally, we’ve been very warmly welcomed by our Belgian colleagues, who have not got out their Kalachnikovs! We would also like to help our French artists, artists such as Raphaël Zarka, Franck Scurti and Didier Marcel, who deserve to find their way into Belgian collections”, explains Michel Rein, preceeded by a few weeks by the young Super Dakota Gallery situated a few yards from his new space and run by the Frenchman Damîen Bertelle-Rogier. “People come to Brussels with the idea of developing an international clientele, just like the market, which is international. The French press has written a great deal about the Brussels fair and the events at the Wiels, which are fine banners, but the city has a lot more to offer, there are lots of new galleries.” And the young gallery owner specifies: “But Brussels is not the Eldorado that people claim either. Sure, rents are cheaper, but the cost of living is the same as in Paris, taxes are higher, and expenses and costs are higher, especially when you’re your own boss. To get something off the ground, it’s much more complicated than in France”.

Artists Club (Thibault Espiau, Ištvan Išt Huzjan et Grégoire Motte), Choux / Marais.

Artists Club (Thibault Espiau, Ištvan Išt Huzjan et Grégoire Motte), Choux / Marais.

If people involved with contemporary art underscore the dynamism of projects in Brussels, the availability of spaces, the easiness of human relations with collectors, the public, and artists, the international scope of trade and the absence of rivalry, places flourish and perish all at the same time. “Since I opened my gallery” explains Sébastien Ricou, a young French gallery owner based in Brussels since 2009, “there are five or six large galleries that have closed, Maes & Matthys and VidalCuglietta, for example”. Because Brussels is no more the land of milk and honey than Paris or London, in a globalized art scene and market, but it is precisely because it is a city on the move that it is the place of all possibilities, if ever there was.

  1. Rectangle, 4 x 3 art. In Rue Émile Féron, a rather quiet street which is not especially busy or commercial, an enigma has pride of place: a sort of advertising billboard, but one which doesn’t promote anything but itself. This stretched tarpaulin measuring 4 x 3 m, enclosed in the midst of the rear façades of Brussels’s buildings is Rectangle, a concept developed just above their studio by four artists: Cédric Alby, Jérémie Boyard, Pierre-Pol Lecouturier and Xavier Pauwels. With a small budget, Rectangle produces a specific work which thus takes its place in the public space. The image displayed remains visible for two months and creates a direct dialogue between artists and neighbourhood residents.
  2. Rosa Brux, apartment exhibitions. With its direct reference to Rosa Luxemburg, Rosa Brux is an elongated private apartment, converted in 2012 to make an exhibition space for the duration of a weekend, managed by an art historian, a graphic designer, and film directors. The events are squeezed into four days, from the opening to the organization of performances and lectures, to the closure. Belgian, French and Swiss artists are essentially exhibited in it, often around the issue of edition and new ways of presenting it.
  3. De la charge, a breeding-ground for artists. Founded in 2012, De la charge is a group of some 15 young visual and sound artists, and independent publishers, around a venue: a huge studio on three floors, divided into individual and collective spaces. In addition to the organization of concerts, performances, and previews of films in the basement, the residents have also opened an exhibition space at the front of the building, in the form of a display window on one side and a space to be visited on the other. Without any real artistic direction, this venue, perceived as a place of experimentation and a tool of autonomous display, sees artists taking it in turns to be curators. De la charge also lies at the root of the paper medium The Walk, listing programme information for non-profit venues in Brussels.
  4. The Coffre-Fort, a miniature white cube. This is probably one of Brussels’s most atypical and interesting artist-run spaces. Once a jeweller’s safe set in the middle of a room in the basement of a building, cramped and yet open to the outside through mezzanine windows, this mini white cube of 2.5 x 2.5 m, conceived and furbished by three artists forming the Artists Club (Grégoire Motte, Thibault Espiau and Išvan Išt Huzjan) accommodates self-produced projects ranging from performance to graphic and pictorial works, and acoustic and visual installations. The Artists Club retains from this curatorial activity the fitted-carpet specific to each exhibition, like a mapping of the public’s movements and the placements of works in this unlikely object/space.
  5. The Ister, a volatile company. Made up of eight people from different backgrounds, The Ister is a nomadic curatorial collective created in 2011. The absence of any fixed venue makes it a spontaneous volatile entity which conceives exhibitions as invitations come in to it from Europe and elsewhere, with the place often defining the project. “We started out in a collector’s loft, between the Playstation, a Stella and a Krueger… we try to avoid the classic white cube”, explains Constance Barrère Dangleterre, co-founder of The Ister. Their activities are very extensive, ranging from scheduling exhibitions to performance, by way of organizing workshops and concerts.

Interviews

A Meeting with Sonia Dermience and Alberto García del Castillo, curators at Komplot

Founded in 2002, Komplot is a nomadic collective curatorial project and a fixed exhibition venue. Sonia Dermience and Alberto García del Castillo, its principal curators, talk to us about specific features of Brussels, and Komplot’s role in the art scene.

Alexandrine Dhainaut : How did Komplot start ?

Sonia Dermience : Basically, Komplot is a group of freelance curators. It’s a nomadic project which goes where invitations crop up, be it in Belgium or abroad, to produce exhibitions, workshops, publications (artists’ books and Year Magazine). For the past three years we’ve been based in a building which gives onto the street, at once an exhibition space, a place where people work and live together, with ten studios and premises for a residency.

What is your artistic niche ?

S.D : We invite very young artists and established artists, be they local or foreign. Our programmes are based on our meetings, and the kind of space and project we have. The way we operate is very organic.
Alberto García del Castillo : Komplot is still doing external projects, we don’t want to become a traditional Kunsthalle. We try to avoid the obvious production centres of art scenes by going to independent places, towns and cities where the scene is smaller and where exhibitions have other meanings than taking place in a fashionable neighbourhood. And since 2011 we have been working in an environment of artists, which has enabled us to establish an “art laboratory” with a continuous programme of shows, like an art centre. One of the main roles of Komplot in Brussels is this place, which is much needed. An art scene needs places.

How do you see the Brussels scene evolving ?

S.D : I’ve been living in Brussels since I was 18, and I’ve always had almost daily artistic activities. There have always been projects in apartments and artists’ studios. Nowadays, they probably have a better visibility and are of a better quality. They are more “reviewable” for the press which hitherto only looked to large capital cities: Paris, London, New York and then Berlin. There is a huge amount of contemporary art in relation to the number of inhabitants in Brussels. In the past, the only foreigners who came were French, but today, artists are coming from everywhere. But we are not like Berlin. Brussels is still a discreet, small city.

What makes Brussels so attractive ?

A.G.C : The city is very central, lots of well-known artists settle in Brussels because they can easily go to Paris and London. For young artists, the city is still less expensive. Lots of students stay on and become involved with projects just after their studies, and this takes the form, for example, of collective studios which have an exhibition space. And in Brussels, it is so small that after a year, you have not only a broad vision of the art scene, but, if you are active, the scene has a vision of you. Which is quite different in Berlin where you always have the feeling of being an outsider in the art scene. But the flip side of all this is that a smaller scene can accommodate fewer people. Brussels’s capacity for “artistic immigration” is more limited than Berlin’s.
S.D : And unlike Paris, where the focus is on French culture, we do not have “one” culture, there is a real cultural mix, an encounter between the Latin and the Germanic. The city is enlivened by lots of projects, small to be sure—there’s not really any hype in Brussels—but which give both a sense of almost anarchic freedom and a feeling of recognition. You get the feeling that you exist here. Unlike very large cities, Brussels is humanizing.


A meeting with Anne-Claire Schmitz, director of La Loge

La Loge is one of these new private non-profit places. This unusual building houses a programme focused on multidisciplinarity and on the production of works by young artists. Its director, Anne-Claire Schmitz, talks about the La Loge project and its presence in the artistic landscape of Brussels.

Alexandrine Dhainaut : What is La Loge ?

Anne-Claire Schmitz : La Loge is a private art centre, opened in September 2012 as the brainchild of a private patron, the architect Philippe Rotthier. His philanthropic projects are principally involved in the domain of architecture. When we met, we were not necessarily talking the same language, but we decided to set in motion a project based on contemporary art which was open to other disciplines, like architecture.

Is the appearance of private, non-profit contemporary art venues a recent phenomenon in Brussels ?

A-C.S : Yes, in Europe, this is something new, because the powers-that-be are very involved in supporting culture. These new private spaces are being created by people involved in the art world, often collectors; this is part of a policy of stimulating a collection, such as Maison Particulière or VanhaerentsArtCollection, or the CAB. La Loge has a different approach, there is no collection or name to defend, we propose a real line of thinking about contemporary art.

What direction are you giving your programming ?

A-C.S : It is conceived, first and foremost, in relation to the building, an old freemasonry lodge, built in the 1930s. It is a place that is quite removed from the white cube, with a very powerful identity and a somewhat enclosed architecture, which is as interesting as it is complicated, almost on the scale of a house with its 330 sq. m. This creates an interesting, secretive aspect. The public does not come here by chance, it comes looking for a form of experience. When I was asked to prepare the programming for La Loge, I wanted to develop a place that is complementary to the existing venues in Belgium. In Brussels there is a real form of collegiality and support between places; each one has a special identity. At La Loge, we are developing an intimate bond with artists and public alike. There is something very human and direct about it, with no need for go-betweens. We want to be a platform of reflection and production for young professional people in art and culture. 80% of our public is professionally active in the field of art, they are students, young curators, people working in institutions, gallery owners, artists…

What do you think of the artist-run spaces in Brussels ?

A-C.S : It’s very positive. There always have been such spaces and their number has risen over the last few years. The artist who did that before did it in a less “institutional” way. Young artists are much more aware of the professional field which they are part of. From the outset, there is a desire to show yourself—and I say that in a positive way—, which was less the case 10 years ago. Their projects are part of an artistic approach, they are being transformed by the desire to find a workplace and a tool of visibility. It is important to exchange, to make comparisons with the work of others, and to face the exercise of putting on a show. It is possible that within a few years these projects will no longer exist, but that is not a problem. These are extremely wholesome and extremely productive initiatives. There is a dynamism today which is tangible, there are more and more people involved with art forming La Loge’s public. This is also why La Loge makes sense.

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