Tomás Saraceno

par Cristina Marchi

A la Biennale de Venise, Tomás Saraceno présente Galaxies forming along filaments, like droplets along the strands of a spider’s web où des entrelacs de cables se rejoignent pour former des volumes évoquant des perles d’eau sur une toile d’araignée. Cette pièce manifeste l’intérêt de l’artiste pour les toiles d’araignées, des enchevêtrements denses, tissés par un animal souvent minuscule mais qui se révèlent d’une résistance étonnante. Galaxies occupe l’espace d’exposition de manière telle que le public doit se frayer un chemin au milieu des filins. Comme s’il déambulait dans un parcours d’obstacle, le spectateur se voit pris dans une toile d’araignée surdimensionnée. Dès lors, le jeu sur l’échelle confère au spectateur une dimension comparable à celle d’une goutte d’eau, un élément microscopique. En outre, Saraceno associe cette configuration à une théorie récente selon laquelle la forme initiale de l’univers serait celle d’une éponge composée de galaxies de filaments semblables à ceux d’une toile d’araignée. Galaxies instaure donc un lien entre macro et microcosme. De matrice organique, la série Galaxies à laquelle cette œuvre appartient participe de la volonté de Saraceno de créer des structures poétiques modifiant notre point de vue sur les phénomènes naturels. Comme avec la photographie Universe at an Age of about two Billions Years (2005), l’artiste nous invite à fixer notre attention sur un élément aussi minuscule que négligé, une perle d’eau. Il réifie ainsi l’écosophie de Guattari dont il se réclame et positionne l’homme dans son environnement, non au-dessus.

Biennale de Venise

Biennale de Venise

Même préoccupation biologique dans ses Flying Garden. 32 SW, Flying Garden, Air-Port-City (2007) est un jardin suspendu où croissent des plantes hors sol. Alimenté en lumière, eau et air grâce à des câbles reliés à des panneaux solaires, Flying Garden est autosuffisant et permet la survie des plantes subtropicales qu’il accueille. Le système mis en place constitue un étrange laboratoire où la beauté de l’idée de départ – des plantes vivent quasiment de l’air du temps – fait place à la technique qui recrée savamment ce que la nature réalise automatiquement. Habité par une conception hollistique du monde Saraceno développe les multiples possibilités permises par ses constructions et expose les Flying Garden en extérieur, dans des parcs ou en ville, colonisant tout espace disponible.

vue de l'exposition à la biennale de Sao Paulo

Les Flying Garden[s] s’inscrivent dans le vaste élan expansionniste du projet global Air-Port-City, initié en 2001. Convaincu que « l’invasion de l’air [doit] nécessairement inclure des hommes, des plantes et des animaux. » et ayant réalisé en 2004 un ballon lui permettant de s’envoler grâce à l’énergie solaire, Saraceno estime que les volumes des Flying Garden contiennent suffisamment d’air pour se déplacer et « se rejoindre d’une ville à l’autre pour composer une grande forme sphérique » (sic). Visibles lors de l’exposition Psycho Building ou actuellement au Mudam les expérimentations d’Air-Port-City entendent « défier les actuelles restrictions politiques, sociales, culturelles et militaires afin de rétablir un nouveau concept de synergie. » Connectables à l’infini, elles pourraient – en principe – se superposer à des bâtiments préexistants ou s’installer dans la nature pour composer une ville mobile, transfrontalière. Ce désir d’élévation n’est toutefois pas qu’un vœu pieux car Saraceno a travaillé en 2006 avec l’agence anglaise Arts Catalyst, alors mandatée par l’Agence spatiale européenne, sur un projet culturel pour la station spatiale internationale. Il a également conçu et breveté un nouveau matériau extrêmement léger : l’aerogel, utilisé notamment pour Space Elevator II/Air-Port-City.

On notera par conséquent que si la sphère en tant qu’espace minimal de (sur)vie parcoure l’œuvre de Saraceno, celle-ci n’est pas conçue comme un lieu de replis mais, au contraire, comme une forme idéale dont la légèreté permet l’invasion de l’air. Croisant expérimentation technique, dimensions esthétiques et politiques, Saraceno livre avec ses utopies réalisables une œuvre d’une remarquable cohérence.

Tomás Saraceno est né en 1973 à San Miguel de Tucumán (Argentine), artiste et architecte, il vit et travaille à Francfort-sur-le-Main.

Actual solo exhibitions :

Andersen’s Contemporary Berlin 22.09.2009 until 14.11.2009

Mudam – Musée d‘Art Moderne Grand-Duc Jean, Luxembourg 09.10.2009 until 03.01.2010

«Biosphere», Statens Museum for Kunst, Copenhagen 30.10.2009 until 04.04.2010

Actual group exhibitions :

«53d Biennale de Venezia, 2009» until 11.11.2009

«Life Forms» Bonniers Konsthall, Stockholm 16.10.2009 until 10.01.2010

«Earth: Art of a changing world», Royal Academy of Arts, London 03.12.2009 until 31.01.2010

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