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Pierre Malphettes au Frac de Marseille

par Pierre Tillet

Pierre Malphettes
Rêveries minérales et aériennes Par Pierre Tillet  « J’admire dans la matière la moins sensible la présence de tracés sans nécessité et sans fantaisie, jamais pareils, toujours parents, dérivant avec évidence d’un prototype abstrait, ébauchant des symétries approximatives et inévitables. Une docilité économe les gouverne avec douceur ». Par cette phrase (1), Roger Caillois  nous persuaderait presque que l’imagination n’est qu’un prolongement de la matière et le beau artistique un dérivatif du beau naturel. Ce n’est évidemment pas le cas chez Pierre Malphettes, pour qui le beau est engainé à moitié dans les choses, à moitié dans les sensations produites par les choses. Le Nuage de verre (2009) qui ouvre son exposition au Frac Paca semble correspondre au « prototype abstrait » dont parle Caillois. Comme un nuage véritable, il est constitué d’un matériau à la fois léger (ou du moins transparent) et pesant (des feuilles de verre suspendues entre sol et plafond par des câbles). Comme L’Arc-en-ciel composé par l’artiste en 2004, mais dans un second temps, il génère des

Pierre Malphettes, la Poutre, acier sur parpaing, 2008, courtesy galerie Kamel Mennour, Paris

Pierre Malphettes, la Poutre, acier sur parpaing, 2008, courtesy galerie Kamel Mennour, Paris

variations chromatiques. En effet et bien qu’elles soient incolores, les lames de verre créent en se superposant de curieuses tonalités vert amande. Le Nuage rappelle aussi Lens flair (2004) de François Curlet, qualifié par l’artiste de « mobile décoratif de précision illustrant un incident d’optique inexistant à l’œil » (2). La principale différence entre les deux œuvres tient à la référentialité de celle de Pierre Malphettes, idéalité figée et géométrique de nuage. En écho à cette première sculpture, Pierre Malphettes a réalisé une peinture murale évoquant un brouillard pixellisé qui monte du sol – une œuvre précédant qi (2003-2004) de Guillaume Leblon, brouillard réel s’échappant du bas d’une cloison, qu’il dégrade progressivement. Cette nuée de synthèse, modélisée (comme l’était, à sa façon, le Nuage) essaime à plusieurs endroits dans l’exposition. À l’instar d’Un Arbre (2006), qui renvoyait des tasseaux de bois à leur source (indiquée par son titre), Un Tas de sable (2009) est d’une certaine manière un retour à l’envoyeur. Des claustras en béton, dans la composition desquelles entre du sable, sont assemblées en rosaces découpées, créant une image tridimensionnelle de tas de sable. Plus loin, des tourbillons d’air sont piégés entre des cloisons de polyane formant un petit pavillon triangulaire (Cloisonnement (2), 1999), tandis que des ventilateurs suspendus à des cordes s’attirent et se repoussent, dans une version macroscopique et handmade des mouvements qui animent les particules de matière de la physique quantique (Les Attracteurs étranges, 2000). Les Flaques (2007-2009) sont des petits rochers prélevés dans la nature, auréolés de plaques d’inox poli. Ce sont autant d’îles qui s’égayent ici et là en micro-archipels. Enfin, Pierre Malphettes a sculpté une poutre d’acier en ôtant de la matière pour en faire de la dentelle. Posée à l’horizontale sur deux blocs de béton, l’œuvre – Sans titre (La Poutre), 2009 – rappelle la conception de la colonne par Toyo Ito, « quelque chose qui se balance et danse dans l’eau exactement comme des algues » (3).

1 : Roger Caillois, Récurrences dérobées, éditions Hermann, 1978, p. 71.

2: Voir www.curlet.com

3 :  Toyo Ito cité par Valérie Nègre dans un texte consacré à La colonne. Nouvelle histoire de la construction, ouvrage paru sous la direction de Roberto Gargiani, in Les Cahiers du Mnam, n° 106, hiver 2008-2009, p. 121.

Pierre Malphettes, Sculptures terrestres et atmosphériques, au Frac Paca, Marseille, du 23 janvier au 25 avril 2009.


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