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Kool and the Gang

par Paul Bernard

KOOL AND THE GANG
Paul Bernard

Après deux ans de travaux, le nouveau bâtiment du Consortium, conçu par Shigeru Ban, rouvre ses portes cet été à Dijon. Dans le paysage des institutions françaises dévouées à l’art, le Consortium se démarque par un état d’esprit. Pour aller vite, on parlera d’une façon d’appliquer au monde de l’art certains préceptes issus de la culture rock tendance punk. Il y a d’abord cette idée de l’entité collective : fondé en 1983, le Consortium, qui porte bien son nom, n’a jamais été rattaché à un seul nom, directeur ou fondateur, mais à un groupe — un « gang » comme ils ont pu se définir eux-mêmes —, qui va bien au-delà de leurs dirigeants (Xavier Douroux, Franck Gautherot, Eric Troncy) et implique un réseau d’artistes, de commissaires associés, de graphistes et de critiques. Il y a par ailleurs cette forme de désinvolture dans la façon de penser l’exposition, avec des accrochages « pour voir », motivés avant tout par l’intuition et l’expérimentation sans jamais tomber dans la fadeur du propos thématique ni chercher à satisfaire un public. Enfin il y a cette indépendance tenace, rare en France, qui a amené le groupe à créer ses propres outils pour ne rien devoir à personne. Ainsi, en plus d’un centre d’art, le Consortium désigne un ensemble de structures : une maison d’édition (les presses du réel, soit LA référence de l’édition d’art contemporain en France), une société de production de films (Anna Sanders Films, créée par Pierre Huyghe, Philippe Parreno, Charles de Meaux et Dominique Gonzalez-Foerster), mais aussi une collection ou un programme de commandes dans l’espace public. Ce foisonnement, cette hyperactivité a fait notamment du Consortium le seul centre d’art jamais invité par le Centre Pompidou à réaliser une exposition (Compilation, en 1998).

C’est cet état d’esprit que célèbre le nouveau lieu et l’exposition qui y est présentée. Du bâtiment, d’une surface de 4500m2, on retiendra sa sobriété (à une époque où chaque espace dédié à l’art est l’occasion d’un concours de virilité architecturale) et sa liberté de parcours : pas de chemins fléchés mais bien un terrain de jeu, propice à une vraie appropriation des œuvres. Deux trouvailles retiennent particulièrement l’attention : d’abord le gigantesque élévateur que l’on trouve dans le hall d’entrée et qui permet d’amener les œuvres à l’étage. Une façon claire de souligner que le lieu est d’abord au service de l’art et des expositions. Et puis ce mur amovible dans l’une des salles qui permet de la transformer en terrasse. Pour peu qu’il fasse beau, et c’était le cas lorsque je suis venu, il ne manquerait que quelques palmiers pour se croire au milieu d’une villa de Floride.

Rachel Feinstein, Army of god, 2008 ; Satyrs, 2008 © André Morin pour Le Consortium

D’une salle à l’autre on retrouve les artistes liés historiquement au Consortium. Chacune des œuvres, dont beaucoup ont été réalisées spécifiquement pour l’ouverture, raconte à sa façon trente années d’expositions. Après s’être fait souhaiter la bienvenue par les deux chiens de faïence de Julia Scher à l’entrée, on trouve sur la gauche deux gigantesques peintures d’Olivier Mosset en dialogue avec des sculptures d’Isa Genzken, le tout sous le regard d’un portrait de Yan Pei-Ming. Plus loin, Richard Prince présente une œuvre inédite à partir de photos réalisées lorsqu’il était étudiant à Caen (oui oui, à Caen). Une salle est dévolue à Mark Leckey : l’anglais avait obtenu le Turner Prize suite à son exposition à Dijon, en 2007. Betrand Lavier présente Pylone-Chat à l’endroit même où il l’avait installé en 1993. Ailleurs, deux superbes tapisseries de Cindy Sherman permettent de se souvenir que le Consortium l’avait exposée dès 1982…

Et puis il y a bien sûr Dan Graham, véritable figure tutélaire du lieu. Outre une série de photos et de vidéos et un pavillon hommage au rock, l’artiste assure le commissariat d’une exposition au premier étage, Deep Comedy. On y retrouvera, entre autres, Par derrière à 3, une des compositions de François Morellet à partir des positions du Kama Sutra, les peintures faussement pop de John Wesley ou encore ces incroyables dessins de William Wegman réalisés à partir de cartes postales. Les salles semblent taillées sur mesure et la déambulation est une succession de vrais moments de plaisir. Sur l’invitation à l’ouverture, un texte qui fait office de manifeste autant que de communiqué de presse et qui se termine ainsi : « Un tel projet a besoin d’une collectivité d’activités, qui suppose la générosité et la confiance comme mode de relation entre ceux qui le portent et ceux qui souhaiteront y participer. Il est traversé par l’enthousiasme des passions nécessaires à toute innovation : rien moins que le risque, pas plus que les possibles. »

 

Le Consortium, Dijon, exposition d’ouverture, du 12 juin au 14 août et du 1er septembre au 10 novembre.

 

 

 


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