r e v i e w s

Goldfinger

par Antoine Marchand

Comment aborder le travail d’un artiste tel que Daan van Golden, qu’on peut tout à la fois qualifier de minimal, conceptuel ou Pop ? Comment rendre compte de l’incroyable richesse, densité et diversité de son travail ? L’exposition du Wiels, « Apperception », offre une tentative de réponse pour le moins réjouissante à ces questions. Réunissant cinquante ans de création, elle balaye l’ensemble de la carrière de cet artiste atypique, encore méconnu malgré une reconnaissance précoce. En effet, promis à un avenir « doré » après sa participation à Documenta 4 en 1968, Daan van Golden a préféré prendre la tangente, se mettre en retrait de la scène artistique pendant une dizaine d’années et profiter de ce laps de temps pour voyager, se ressourcer et développer une pratique photographique qui deviendra un élément central de son travail. La série Youth is an Art – intitulée de la sorte d’après une sentence tirée d’Un mari idéal d’Oscar Wilde – en est un exemple parfait, qui rassemble des clichés de la fille de l’artiste, de sa naissance jusqu’à ses dix-huit ans. Ce qui frappe d’emblée à la vue de ces images, c’est la qualité de la composition, des couleurs et des thèmes, qui font immédiatement écho au reste de la pratique de Daan van Golden et donnent à ces photographies un statut bien différent de celui d’une simple documentation ou archive ; mais il ne s’agit là que de l’une des nombreuses manières d’aborder et d’analyser sa pratique. Buddha, œuvre emblématique réalisée entre 1971 et 1973, en est une autre, rappelant l’influence de la philosophie zen sur van Golden et renvoyant à un séjour de l’artiste au Japon en 1963-1964 lors duquel il a découvert une méthode qui allait déterminer l’ensemble de son œuvre à venir. Délaissant la gestualité de l’expressionnisme abstrait, il s’est ainsi orienté vers une abstraction géométrique des plus singulière, qui consiste à reproduire les motifs quadrillés de mouchoirs et de serviettes en tissu. Le résultat ? Des peintures d’obédience Pop mais de facture résolument minimale, du fait notamment de l’usage de la grille comme structure fondamentale de composition. Un peu plus loin se dévoilent deux peintures, intitulées Study H. M., exécutées respectivement en 2003 et 2004. A priori formes abstraites extrêmement épurées, il s’agit en fait d’une silhouette d’oiseau extraite de La Perruche et la Sirène (1952) de Matisse, recadrée, agrandie puis reproduite. Une démarche qui n’est pas sans rappeler celle de Richard Prince, Sherrie Levine et des autres artistes de la génération Pictures. Toutefois, même si l’on trouve également des emprunts à Dürer et Giacometti dans cette rétrospective, on ne peut pas réduire l’œuvre de Daan van Golden à une simple pratique appropriationniste, tant il parvient à transcender les sujets dont il s’empare, à nous révéler l’extraordinaire dans l’ordinaire. Ce qui importe dans ses œuvres, ce n’est pas tant la citation, ce qui est convoqué, mais bien le tableau qui nous fait face. À la fois réflexion sur la peinture, la perception ou le quotidien, bref sur l’art et la vie – ou comment « imprégner le monde par l’art », comme le dit Vincent Pécoil1 –, l’œuvre de Daan van Golden trouve toute sa cohérence dans cette transversalité étonnante qui n’a que faire des genres et des styles. Le titre de l’exposition, « Apperception », dénomination d’une perception accompagnée de réflexion et de conscience, est un résumé parfait de ce qui nous est donné à voir au Wiels, à savoir la capacité unique de cet artiste à sublimer ce qu’il représente et à capturer des détails qui nous échappent la plupart du temps.

1 Vincent Pécoil, « Daan van Golden, la légende dorée », in 20/27 n°1, automne 2006.


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