r e v i e w s

Du jardin au cosmos à Mouans-Sartoux

par Etienne Bernard

Natural mystic

« I like America and America likes me » déclare Josef Beuys en 1974 enfermé pendant trois jours dans sa galerie new-yorkaise avec un coyote sauvage fraîchement importé de l’hostile Far West. Loin de s’adresser à une nation honnie pour ses exactions au Vietnam, l’Amérique aimée et aimante de l’artiste allemand constitue plutôt une condition naturelle à observer, à chérir et avec laquelle entrer en communication. Prédateur universel, l’Homme a toujours caresser le rêve un peu fou et résolument prétentieux de dompter Mère Nature sans omettre de lui prêter nombre de vertus cultuelles. La relation dichotomique entretenue entre nature et culture structure ainsi notre rapport au monde depuis l’origine. C’est de cette relation aussi empirique qu’irrationnelle à notre environnement que traite l’exposition Du Jardin au Cosmos présentée cet été à l’Espace de l’Art Concret à Mouans-Sartoux à travers un parcours doublement axial de propositions artistiques judicieusement organisées autour des notions de naturalisme et de spiritualisme. L’illustration de la première s’ouvre sur une impressionnante fresque de facture minimale par Hamish Fulton. 21 pieces of wood for a 21 Day Walk in the Mountains (Switzerland) dessine le spectre topographique d’une marche alpine. La déambulation s’entend ici comme vecteur empirique de la définition géographique à l’image des relevés cartographiques des grands explorateurs du seizième siècle. Plus loin, Eric Pointevin semble répondre au schématisme performatif du britannique par la représentation photographique documentaire. Un gros plan sur un sous-bois de bouleaux entérine son expérience d’une nature-contexte, toile de fond nourricière évidente de l’existence humaine. Enfin, Renaud Auguste-Dormeuil utilise les vertus du Grand Horloger qu’évoquait Voltaire comme outils historiographiques pour dresser une carte du ciel étoilé à la veille des grands évènements de l’Histoire.

À la fois contrepoint et poursuite de ces naturalismes rationnels, la seconde partie de l’exposition se concentre sur des approches plus spiritualistes. L’Art depuis ses premiers pas dans la modernité a trouvé dans le règne naturel une valeur-refuge, espace-ressource aussi fascinant que terrifiant, remède universel à l’aliénation de la conscience dans le monde industriel. L’idée de l’élixir salvateur du « mal du siècle » de Franz Marc se répercute plus tard dans les rhétoriques artistiques de la seconde moitié du siècle. Alors que son compatriote Beuys s’adresse directement à la bête sauvage en louant les vertus curatives de quelques denrées auxquelles il devait sa survie, les immensités paysagères de l’Ouest américain deviennent l’autel des tribulations transcendentalistes les plus monumentales pour approcher le sublime. Ainsi, en 1970, Robert Smithson déploie sa Spiral Jetty à grands renforts de bulldozers dans les eaux du Grand Lac Salé, désormais icône incontestée de cette reconquête des valeurs telluriques d’une américanitude originelle.
Fascinant parcours trans-générationnel, Du Jardin au Cosmos est une mise à plat de ces problématiques très justement nécessaire dans un contexte artistique de plus en plus porté par des questionnements néo-ésotériques tristement arides. À la fois didactique et illustrative, l’exposition évite brillamment l’écueil d’un jeunisme aujourd’hui de rigueur pour revenir aux fondamentaux, et réussit leur mise en perspective avec les propositions les plus contemporaines.

Du jardin au cosmos, à l’espace d’art concret, Mouans-Sartoux, du 30 juin 2008 au 4 janvier 2009.

hamish Fulton,

Hamish Fulton, 21 pieces of wood for 21 Days Walk in the Mountains (Switzerland).


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