r e v i e w s

Batterie de rechange

par Etienne Bernard

Michael Sailstorfer

Le trentenaire allemand Michael Sailstorfer est un regardeur amusé du monde. Il a su imposer sa marque de fabrique dans le paysage artistique international par un jeu systématique de déconstruction et de reconfiguration de la fonction originelle d’un objet du quotidien. Alchimiste malicieux, loin de se contenter de produire des ready-made, l’artiste extrait des éléments emblématiques de leur contexte pour les projeter, une fois métamorphosés, dans l’espace autarcique de l’exposition. Il réinterprète, filtre, détourne ceux-ci en structures narratives, prenant appui sur les codes interprétatifs admis afin d’en faire émerger un sens nouveau. Ainsi, sa sculpture Schlagzeug (2003) (« batterie », en allemand dans le texte), actuellement présentée dans le cadre de l’exposition Echoes au Centre Culturel Suisse à Paris, est le résultat du recarrossage « bricolo » d’une voiture de la police allemande en un ensemble de percussions. De fait : fûts, cymbales et autre grosse caisse aux couleurs verte et blanche des gardiens de la paix outre-rhénans trônent dans l’exposition comme en attente d’une activation performée qu’on imagine aisément bruyamment métallique. Aussi heureusement alambiquée que l’idée puisse paraître, la stimulation référentielle tourne ici à plein régime. Difficile en effet de ne pas y voir l’évocation brute-de-décoffrage des générations punk rock révoltées contre l’autorité des forces de l’ordre. Les témoins des performances de Die Ärzte, Die Toten Hozen ou autre ZSK dans les caves embrumées du Berlin-ouest des années 80 y trouveront sans aucun doute leur compte.

Michael Sailstorfer

,Schlagzeug, 2003
,carrosserie de voiture de police allemande / 140 x 200 x 135 cm,
collection Mariano Pichler, Milan
 Vue de l’exposition Echoes (Centre culturel suisse)

À ceci près que pour le jeune Sailstorfer, né en 1979 et donc a priori plutôt nourri à Nirvana, l’image de ces années de contre-culture relève aujourd’hui plus de la légende voire du folklore. Et c’est certainement en cela que la pièce trouve toute sa place au Centre Culturel Suisse aujourd’hui. À l’image de l’exposition qui l’accueille, Schlagzeug parle moins de musique que de sa représentation. Sans aller jusqu’à la qualifier d’image votive, je l’imagine assez bien trônant dans le salon de quelque collectionneur nostalgique en dessous d’une affiche de concert des Sex Pistols.


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