r e v i e w s

Map of the Mind
, carte blanche au peuple qui manque

par Etienne Bernard

Dans le contexte pour le moins passionné d’une élection présidentielle plus que jamais marquée par les peurs exacerbées de l’autre et la mise en avant d’une identité plus territoriale que culturelle, évoquer un sujet aussi sensible que celui de la cartographie, de la territorialité et, par voie de conséquence, de la frontière procède pour le centre d’art contemporain du Parc Saint Léger à Pougues-les-Eaux de la revendication de son rôle trop souvent omis de plateforme de pensée et de mise en perspective critique de ce qui anime notre pays aujourd’hui et auquel nombre d’artistes ne sauraient rester justement étrangers.

Mais la portée de l’exposition « Atlas Critique » n’est pas à resteindre au simple contexte hexagonal, loin de là. Les commissaires d’exposition et critiques Aliocha Imloff et Kantura Quiros, membres fondateurs de la structure curatoriale le peuple qui manque, ont proposé de réunir dans l’espace bourguignon les propositions d’une vingtaine d’artistes internationaux illustrant les engagements et incursions artistiques dans le champ cartographique. La carte comme outil de pensée de l’organisation du monde, instrument de normalisation des expressions politiques et du pouvoir, est ici battue en brèche, questionnée, redessinée ou littéralement appliquée au territoire. C’est notamment l’objet d’une performance de 2004 de Francis Alÿs qui arpentait alors les rues de Jérusalem armé d’un pot de peinture verte percé pour donner forme à la frontière tracée en 1948 entre les parties Est et Ouest de la ville éternelle : quand la fragilité du geste artistique souligne l’implacabilité de la résolution politique. On trouve cette même remise en question artistique de la frontière dans les actions du groupe Border Art Workshop, actionnistes de la scène chicana sudcalifornienne revendiquant une culture dite frontalière autour de la ligne de plus de trois mille kilomètres séparant le Mexique des États-Unis, dont le tracé arbitraire aurait favorisé l’hybridation culturelle. Et l’exposition de procéder presque intégralement de cette idée que le territoire se constitue de son intégration sociale, communautaire, psychologique, intime même, bien au-delà de sa représentation cartographique.

Claire Fontaine, France (burnt/unburnt), 2011 26 000 allumettes (140 x 140 cm) Vue de l'exposition Atlas critique au Parc Saint Léger, 2012 © Aurélien Mole

 

Il serait vain ici de dresser une liste exhaustive des propositions présentées aux contextes géographiques et historiques les plus divers mais le catalogue de l’exposition aujourd’hui en production constituera sans nul doute un ouvrage de référence


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