La Palestine à l'institut du monde arabe

par Sarah Ihler-Meyer


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La politique du retrait

par Sarah Ilher-Meyer

Documentaires, vidéos, installations, photographies ou peintures, quelles que soient les œuvres de Palestine : la création dans tous ses états, une même stratégie du retrait est adoptée. Le conflit israélo-palestinien est le hors champ vers lequel chacune d’entre elles fait signe. C’est que, pour être incommensurable, la réalité palestinienne ne peut être représentée, dite, mais simplement suggérée, donnée à sentir.

Hani Zurob standby 60 2007

Hani Zurob, Standby 60, 2007

Ainsi de Standby 60. Juxtaposées les unes à côté des autres, six toiles présentent la silhouette d’un homme assis, à genoux, recroquevillé ou tête baissée, sur fond de grands coups de pinceau et d’empâtements de matière brune, noire ou pourpre. Mieux qu’une simple représentation, qui réduit le réel au pensable en même temps qu’elle le désigne, la violence des traces de couleur, conjuguée à la prostration du personnage, donne à sentir l’impensable, à savoir le désespoir et la colère.

Molokhiya, une vidéo sur la préparation d’un plat traditionnel, semble dans un premier temps dénuée de toute référence au conflit israélo-palestinien. Pourtant, accompagnée d’une musique au rythme nerveux, la succession rapide de gros plans de mains témoigne d’une situation de crise. Le son et le montage conjuguent leurs effets pour nous faire éprouver une réalité affective qui, certes, peut être expliquée par des données objectives mais ne s’y réduit pas.

Le refus de la représentation est également au principe de Skin and Years. Un gros plan de peau a été agrandi pour recouvrir le sol d’une petite salle. Les pores, les poils, les moindres aspérités de la peau sont perceptibles. Des récits en langue palestinienne sont diffusés depuis un haut parleur. Sans comprendre ces paroles, ce que l’on sait de la vie en Palestine transfigure la peau sous nos pieds: en tant que foyer de la sensation la chair se fait ici douloureuse. De telle sorte que, sans être représentée, la condition palestinienne n’est pas moins présente.

Une autre installation mérite notre attention, Hommage to Childhood de Rana Bishara. Des centaines de ballons translucides, à l’intérieur desquels l’artiste a placé des photographies d’enfants palestiniens, sont entassés dans une salle blanche et rose. Des petits nuages constitués de barbelés et de raphia descendent du plafond. Convié à pénétrer dans cet espace, le spectateur éprouve des sensations contradictoires : la douceur se mêle à la dureté, le doux au tranchant, la fragilité à l’agressivité. Ressentir cette tension, n’est-ce pas saisir la condition des enfants en terre de Palestine dont l’existence est toujours menacée par la mort ?

Pour finir, Bayyaratina, un documentaire sur une plantation de citronniers non loin de Jérusalem. Sur fond d’images d’archives, Shuha Shona raconte en voix off comment le gigantesque verger planté par son grand père et entretenu par son père a progressivement été détruit par l’armée israélienne. Entre 2002 et 2009, 28 000 pieds ont été déracinés, la maison familiale a été détruite au bulldozer, pour laisser place à un immense terrain vague. Ainsi, sans jamais montrer de soldats, de tanks ou de visages en pleur, ce film dénonce la violence et l’absurdité de l’occupation militaire.

Parce que le conflit israélo-palestinien agit sur les corps, sur le vécu de ses protagonistes, il est impossible de le représenter. Le montrer reviendrait à le dire, or, précisément, son impact psychologique et affectif échappe aux mots. C’est pourquoi les artistes de Palestine : la création dans tous ses états ne le saisissent pas de front mais de biais, par les couleurs, les rythmes et les sons. C’est par la forme, le style ou la manière que la sensation opère, et non par la représentation synonyme de sentimentalisme. Seule la sensation peut rendre compte d’une réalité en dehors de l’entendement.
Palestine : la création dans tous ses états, Institut du Monde Arabe, 23 juin au 22 novembre 2009


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