r e v i e w s

Pierre Ardouvin au CCC, Chemins qui ne mènent nulle part

par Patrice Joly

Le CCC de Tours a invité Pierre Ardouvin à réaliser un ensemble de deux expositions aux allures de rétrospective. Pas franchement une rétrospective dans le sens classique puisqu’on n’a pas affaire à une succession de pièces venant ponctuer l’itinéraire d’un artiste, plutôt une rétrospective en creux qui met en lumière un travail où l’installation prédomine et où l’activité de dessins agit de manière parallèle et vient la compléter, l’esquisser lorsqu’elle ne fait pas l’objet d’une production tout à fait autonome.

“La Maison vide”, 2011. Production de l’Agence d’artistes du CCC. Photo : François Fernandez.

Fort de cette constatation d’un travail partagé entre deux polarités, le directeur du centre d’art – à l’issue d’un dialogue avec l’artiste – a décidé d’inscrire cette dichotomie de manière très radicale : d’un côté une installation, de l’autre une série de dessins. La maison vide est la reprise d’une œuvre déjà montrée à la Villa du Parc en 2008, dans une version agrandie qui remplit intégralement la moitié droite du centre. Ce dispositif emprunte à la figure du labyrinthe dont il pourrait représenter un versant moderne et domestique : la succession de cloisons en plaques de bois posées de guingois, percées en leur milieu d’une ouverture qui autorise la déambulation n’est pas sans rappeler le palais des glaces des fêtes foraines. L’impression de ludicité cède rapidement le pas cependant à un sentiment légèrement anxiogène amplifié par la bande son uniquement composée de claquements de portes. Il entretient des liens formels évidents avec les décors des films expressionnistes dont il partage le climat d’oppression et d’inquiétude. Faut-il voir dans cette installation qui emplit l’espace d’exposition une métaphore du cheminement du spectateur à travers les méandres de la création contemporaine ? Faisant face à ce dispositif, un ensemble de dessins est proposé qui illustre la capacité de l’artiste à utiliser ce médium à des fins hétérogènes, tour à tour esquisses de projets ou propositions spontanées. Si la répartition générale manque de nuances – labyrinthe spatial versus labyrinthe mental –, elle a le mérite d’être claire et de présenter le travail d’Ardouvin sous les auspices d’une production sinueuse d’où émergent cependant des points de force. Ainsi, sans vouloir refaire le parcours de l’exposition, on peut recenser certaines des thématiques privilégiées de l’artiste : un amour certain pour le kitsch (plus mélancolique que nostalgique par ailleurs1) qui revient constamment via l’intégration d’objets du quotidien en tous genres (avec une prédilection pour les jouets cependant) et une espèce de punk attitude qui vient contrebalancer en permanence ce soupçon de mièvrerie. Ardouvin est largement conscient de la charge émotionnelle que recèlent ces petits objets produits en nombre par l’abondance2 perpétuelle de notre société post-industrielle. Il ne cherche pas à forger un discours anti-fétichiste par ailleurs, il utilise au contraire pleinement cette dimension pour la retourner : les microrécits potentiels qui émergent de ces dessins et autres aquarelles fonctionnent parfaitement sur la base de cette tension entre idolâtrie infantile et pulsion destructrice adolescente. Ce qui frappe dans les pièces issues des dessins préparatoires, c’est la faculté de résistance dans le passage à la 3D alors que, en général, il résulte souvent une perte ou un surcroît d’expressivité quand les artistes passent du croquis au volume. ­­­­Par ailleurs, l’autre catégorie des dessins d’Ardouvin marque une attirance très forte vers le fantastique ou encore une volonté de « réécrire » le réel – et non pas le réenchanter. Gageons que les nouvelles pièces qui seront montrées dans le deuxième acte de cette quasi rétrospective offriront une image plus riche de son travail en donnant libre cours à la puissance poétique de l’artiste.

 

1 Conversation avec Céleste Olalquiaga et Sandra Cattini in Eschatologic park, les presses du réel, 2010.­­­­

2 L’abondance, pièce présentée à Zoo galerie, Nantes en 1996.

 

Pierre Ardouvin, La maison vide, au CCC Tours, du 9 avril au 4 septembre 2011. Cette exposition en deux parties se renouvellera à partir du 18 juin.

 

 


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