r e v i e w s

Olivier Mosset

par Aude Launay

MRAC Languedoc-Roussillon, Sérignan, du 9 mars au 12 juin 2013

À celui qui, en 1983, déclarait : « L’art, je ne sais pas ce que c’est. Ce qui m’intéresse c’est la peinture » [1] et, trente ans plus tard : « je suis contre l’art » [2], le musée d’art contemporain de Sérignan consacre actuellement une très belle exposition monographique. La partition en est binaire : au rez-de-chaussée, dans une salle au plafond brut, aux colonnes de ciment et à l’éclairage cru, les toiles qu’Olivier Mosset surnomme les « fakes » et les « failures », soit celles qui ont été réalisées à l’occasion d’expositions pour lesquelles les toiles souhaitées n’étaient pas disponibles, donc peintes le plus souvent par les carrossiers les plus proches du lieu de l’exposition — parfois même mal tendues — et celles qui, présentant quelques accidents de surface, sont considérées par l’artiste comme ratées. Onze monochromes, donc, tous de trois mètres par trois à propos desquels le peintre évoque la difficulté technique, les toiles de ce format ne pouvant être peintes d’un seul geste. Car il est bien question de technique, ici, au milieu de ces monochromes rejetés car non conformes à l’idée même que s’en fait Mosset : « des tableaux qui ne soient que de la peinture » [3], aux bords non peints pour éviter qu’ils deviennent alors des objets. Sagement alignés au mur, ils font face à cinq larges cimaises autoportantes agencées de manière à rendre tout accrochage impossible qui prennent alors l’aspect de sculptures de par leur neutralisation. Ce duel étrange entre cimaises et tableaux vient renforcer, non sans humour, la position du peintre quant à la nécessaire linéarité et planéité de l’accrochage.
À l’étage, ce qui est annoncé comme « une rétrospective de ses peintures murales », soit quatre wall paintings dont deux se faisant face : un mur entièrement jaune et un autre, jaune et bleu, ouvre l’immersion picturale. Dans l’immense salle baignée de lumière, ce face-à-face laisse au visiteur l’espace de saisir justement ce sentiment de l’espace qui permet et que permet la contemplation de la peinture. Derrière ces deux murs, il y a comme deux cabinets, deux espaces restreints. Dans l’un, un mur recouvert d’aluminium reflète tout : le wall painting gris et blanc qui lui est contigu, les découpes de lumière qu’y projette le soleil par les fenêtres, et le « cercle » de 1970 accroché entre les deux fenêtres. Il y a peut-être cent cinquante de ces cercles aujourd’hui, depuis le premier réalisé en 1966, un nombre en tout cas flou de ces petits signes vides, vidés de leur sens, évidés en leur centre, et qui flottent au centre de la question : la toile blanche. « L’art exclut l’inutile » [4] disait Carl Andre au sujet des peintures de Frank Stella ; Olivier Mosset se concentre sur l’essence de la peinture par le prisme de l’identité et de la différence. Les séries de monochromes noirs et blancs acrochés plus loin en sont l’exemple même. Vingt-huit toiles noires carrées formant une grille radicale répondent à une grande toile, de même facture, mais de plus de six mètres de long. Dans la salle adjacente, ce sont neuf peintures blanches qui s’en font l’écho. Leurs couleurs sont ready-made et, de l’aveu même du peintre, choisies en fonction du nom qu’elles portent (swiss coffee, navajo white…). C’est aussi la peinture anti-gravillons que l’on utilise pour la benne des pick-ups d’où son rendu légèrement granuleux. Les monochromes ainsi peints renvoient la lumière, l’œil peine à les voir comme la surface unie qu’ils sont pourtant.
Par-delà cette peinture irrévoquée bien que tendant à se soustraire, à l’occasion, au regard, pour inclure plus d’espace dans sa démesure, il y a un détail qui rend cette exposition d’Olivier Mosset indispensable pour tout afficionado de l’œuvre de l’Helvète : l’on peut y voir l’unique paysage peint par l’artiste. C’est un petit paysage de neige au couchant flamboyant réalisé à l’occasion d’une vente de charité dont la consigne était de réaliser une toile selon une méthode diffusée à la télévision qui expliquait comment peindre un paysage en une heure…

  1. Olivier Mosset, entretien avec Joël Lechaux, 1983, in John Armleder, Helmut Federle, Olivier Mosset : Écrits et entretiens, Musée de peinture et de sculpture, Grenoble, Maison de la culture et de la communication, Saint-Etienne, 1987, p. 201.
  2. Lors d’une conversation en mars 2013.
  3. Catherine Perret, Olivier Mosset, Neuchâtel, Ides et Calendes, 2004, p.12.
  4. Catherine Perret, op.cit., p.19.

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