r e v i e w s

Josefin Arnell et Max Göran à Cell Project Space, Londres

par Mya Finbow

« brave and pathetic is better than drowning in shame »  
Josefin Arnell et Max Göran
Commissariat :  Adomas Narkevičius

Cell Project Space, Londres (UK)
08.12.2023 — 25.02.2024

Invité·es par Cell Project Space à Londres, les artistes suédois·es Josefin Arnell et Max Göran ont l’habitude de travailler en duo sous le pseudonyme HellFun depuis 2014. Pour autant, leur exposition « brave and pathetic is better than drowning in shame » met en dialogue pour la première fois leurs pratiques artistiques respectives. 

D’un côté, le film BEAST AND FEAST de Josefin Arnell plonge dans les profondeurs de l’absurde, explorant la dualité de la nature humaine à travers la psychose d’Annina, prise en tenaille entre sa vie de mère célibataire et sa quête obsessionnelle à disposer d’un cheval afin d’être reconnue par ses pairs de la police montée. Au fil de la narration, son désir inaccessible engendre l’effondrement de son rapport perceptif au monde réel, la conduisant à se réifier en l’étalon fantasmé. En mélangeant esthétique camp, fiction gore et images d’archives de récentes émeutes, le film permet de mener une expérience de pensée autour des rapports d’autorité. Dès lors, le cheval devient symboliquement l’arme du pouvoir. Sur fond de techno hardcore, Josefin Arnell explore l’inversion des rôles de domination en alternant des cycles violents et grotesques afin d’exhumer des traumatismes profondément enfouis. De cette manière, l’artiste forme un amalgame de récits alambiqués qui font ressortir nos émotions les plus intimes. 

Max Göran, Exhibition view, brave and pathetic is better than drowning in shame, 2023, Josefin Arnell, Max Göran, Cell Project Space, 2023

De l’autre, les films de Max Göran offrent une traversée cinématographique esthétique et immersive dans un univers sensible qui fait résonner notre désir d’émancipation. Sous forme d’autofictions, l’artiste aborde subtilement des réflexions sur l’identité et le statut d’artiste en choisissant la voiture comme organe de mouvement libérateur. Dans la cabine d’un chauffeur routier sur les routes suédoises (Dieseline Dreams) ou à bord d’une Mitsubishi Carisma vivant ses derniers instants dans des rues de Berlin (Mitsubishi Hop-on, Hop-off), les road-movies de Max Göran immergent les spectateur·ices dans l’intimité des protagonistes. Les bandes originales comme les déplacements géographiques font partie intégrante de cette constellation poétique et servent le discours identitaire de l’artiste. Changer de place pour se situer. Les récits s’entremêlent progressivement entre fantasme et réalité, et la route sert de métaphore au franchissement des frontières normatives pour devenir un hymne à la liberté. 

Habilement mises en espace par le commissaire Adomas Narkevičius, les récentes installations vidéo des deux cinéastes prennent vie hors de l’écran. Josefin Arnell transforme la galerie en une écurie, tandis qu’à l’étage, les films de Max Göran se répondent, l’un commençant là où l’autre se termine. Les deux artistes composent ainsi une narration avec leurs propres histoires, leurs propres mythes et mettent l’accent sur les dynamiques complexes de l’existence tout en déconstruisant les paradoxes encore trop binaires de nos sociétés contemporaines. 

Josefin Arnell, Beast and Feast, Installation View, 2023, HD video, 25:10, single-channel video installation

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Head image : Josefin Arnell, Beast and Feast, Installation View, 2023, brave and pathetic is better than drowning in shame, Cell Project Space, 2023


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