r e v i e w s

« En suspension » et « De belles sculptures contemporaines »

par Frédéric Emprou

Frac des Pays-de-la-Loire, Carquefou, du 7 avril au 1er septembre 2013 et Hab Galerie, Nantes, du 1er mars au 5 mai 2013

Maximaliste par son ampleur avec la soixantaine d’œuvres présentées, l’exposition de la collection des œuvres du Frac des Pays de la Loire à la Hab Galerie, « De belles sculptures contemporaines », passait en revue et en détail différents formats de la sculpture. Croisement de registres et de perspectives, ses angles multiples revendiquaient la profusion et un éclectisme délibéré. Derrière l’exercice de style classique, le panorama séduisant interrogeait la picturalité avec les œuvres de Stéphane Dafflon, Ernesto Sartori et Anish Kapoor, manipulait le contre-pied avec la série de photographies de Fischli & Weiss, les ready-made jubilatoires de François Curlet et de Raymond Hains ou jouait encore avec la proximité iconoclaste d’une Furniture Sculpture d’Armleder et d’un charge-objet de Sanejouand.

Entrée en matière ou façon de « tourner autour » de son objet, selon la suggestion de la vidéo éponyme de Pierrick Sorin, le régime éclaté de « De belles sculptures contemporaines » faisait coïncider relectures critiques et circulation non linéaire : particularité notoire, la sensation d’une temporalité composite qui se dégageait de certains volumes décontextualisés, comme la pyramide de Bruno Peinado, le bar simplifié de Gaillard et Claude ou le paysage graphique de Thea Djordjadze. Avec ce parti pris affiché d’une matériologie des œuvres, à l’instar des séquences animées de Vincent Mauger ou des Dewar & Gicquel, l’exposition donnait une place de choix aux acquisitions récentes du Frac, en témoignent les noms de Wilfrid Almendra, Jacques Julien ou Raphaël Zarka. « De belles sculptures contemporaines » participait aussi du constat de la lame de fond qui a traversé la jeune scène hexagonale de ces dernières années par des pratiques revendiquant le retour à ce médium ainsi qu’à la subversion de certains de ses canons. Symptomatiques de productions jouant sur l’auto-référencement historique, le renvoi à la notion de mobilier ainsi qu’à celle de modernisme, les pièces de Falke Pisano, Bojan Sarcevic ou de Lucy Skaer jouaient quant à elles, la perpétuation du questionnement du vocabulaire des avant-gardes et de l’art minimal.

Enchâssement assumé des enjeux et confusion physique des répertoires, le commissariat maniait cette idée d’hybridité des textures, dans une tension entre art et design, provoquant le suspens des hiérarchies et des interprétations entre domestique et décoratif. Contrepoint à ces problématiques de goût et de conventions sexuées, la réunion des œuvres de Lili Reynaud Dewar pouvait faire office de possible clé d’interprétation de l’ensemble, par son questionnement des valeurs appliquées à la définition de la sculpture dans ses natures et ses frontières.

En écho à cette ligne de fuite « non genrée », le dispositif mis en place au Frac par Marc Camille Chaimowicz opère décloisonnements et variations élégantes sur le même thème. Surfaces composées de pièces de la collection du Frac et de ses propres œuvres, la proposition de l’artiste aménage tapisseries et meubles-sculptures, et taille à la mesure de l’appartement hors-norme que devient la salle d’exposition, un agencement mêlant l’autoportrait polaroïd de Warhol au mètre carré de rouge à lèvre de Fabrice Hyber, les photographies d’Anette Kelm, le lustre à pampilles de Présence Panchounette, le paysage bucolique de Mélanie Counsell aux compositions synthétiques de Jim Hodges… Ornement grandeur nature, allure à la fois tordante et mélancolique, cette fiction oblique de motifs, d’éléments floraux et de monochromes fait penser à une figure camp qui n’a de cesse de se généraliser. Logique de l’accessoire rappel, la trame donne aux panneaux peints la possibilité de subjectivation des pièces disposées dans l’espace. Moments dans un autre, cette science excentrique des nuances et des tonalités fait finalement se souvenir de la phrase de Chamberlain : « La sculpture, pour moi, se définit par de la pose et de l’attitude. »

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