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[Dossier Allemagne] Le Paris Bar

par Emmanuelle Lequeux

Le Paris Bar à Paris

Avec son carrelage noir et blanc et son accrochage fourmillant d’œuvres d’art par dizaines, le Paris Bar est l’un des cafés-cultes de Berlin : tous les artistes et intellectuels de la fin du XXe siècle ont participé à son aventure, avec force discussions effrénées et valses d’alcools variés. À la fin de l’hiver 2011, en écho à l’échange de galeries Berlin-Paris, la galerie Suzanne Tarasiève a décidé de rendre un prolifique hommage à ce haut lieu de l’underground. Truffée de surprises, accumulative comme jamais, l’exposition ne laisse pas un mur respirer, avec son accrochage très XIXe. Portée par cette ambiance électrique, la galerie prend des airs de cabaret sauvage. Il s’agissait avant tout de payer un tribut au propriétaire mythique du lieu, Michel Würthle. Artiste et collectionneur, cet homme a tout fait pour que le Berlin des années soixante-dix et quatre-vingt retrouve sa splendeur alternative des années vingt, allant jusqu’à inviter nombre de peintres dans l’île qu’il possédait en Grèce, dont il a fait un refuge alternatif et un lieu d’inspiration. La galeriste de Belleville a donc emprunté au restaurant bohème nombre des toiles et dessins qui ornent ses murs : on y découvre notamment d’étonnantes collaborations de Würtle avec quelques maîtres de l’art allemand, comme Martin Kippenberger ou Daniel Richter, qui se plaisaient à hanter les lieux ; on y déniche aussi, plus surprenant, un de ses dialogues picturaux avec le jeune Damien Hirst. D’autres œuvres ont été simplement inspirées par le café, comme les dessins à plusieurs mains du collectif anglais Le Gun : des noirs et blancs gothiques qui rendent parfaitement cette atmosphère de créativité permanente. D’autres commandes, passées par la galerie à de jeunes artistes, se trouvent ici entourées de toiles des peintres à qui Suzanne Tarasiève reste fidèle depuis vingt ans, comme une très pure aquarelle de Georg Baselitz, ou quelques beaux Markus Lüpertz. Enfin, pour rappeler que, de Bowie à Joseph Beuys, pas un artiste important n’a négligé d’arroser là son voyage à Berlin, des dizaines de photographies mettent en scène ces superbes habitués comme Warhol, Broodthaers, Yves Saint-Laurent ou encore Lou Reed. Bref, un étonnant fragment de Zeitgeist, qui restitue la magie de ce lieu comme une parenthèse enchantée.

Le Gun (Chris Bianchi, Bill Bragg, Neal Fox, Stéphanie Von Reiswitz, Robert Rubbish) Paris Bar (After Kippenberger) 2010. Encre de chine et feutre sur papier, 97×126 cm

 

Le Paris Bar à Paris, à la galerie Suzanne Tarasiève, Paris-19e, du 8 janvier au 12 mars 2011.

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