Sous-culture : le sens du style Dick Hebdige

par Gallien Dejean

Sous-culture : le sens du style
Dick Hebdige

Ce qui surprend tout d’abord en parcourant cet essai, c’est la contemporanéité que l’analyse entretient avec son propre sujet. L’ouvrage de Dick Hebdige paraît à Londres en 1979 durant l’effervescence punk qu’il s’applique à décrire. Dès les années 1960, le champ d’investigation des cultural studies anglo-saxonnes s’ouvre, comme ici, à des objets d’étude longtemps boudés par la sociologie française. La méthode s’élabore selon une grille rigoureuse qui puise aussi bien dans l’ethnographie traditionnelle que dans la sémiologie, la littérature, l’histoire de l’art ou l’étude des médias. Pour Hebdige, les sous-cultures sont produites au sein de la société par des groupes subalternes qui s’autonomisent en s’appropriant les signes et les emblèmes de la culture dominante. L’émergence d’un style – références musicales, consommation de drogues, panoplies – correspond à l’élaboration d’une syntaxe nouvelle qui se fonde sur le collage et le bricolage d’objets triviaux – une épingle à nourrice sur une veste – dont la profanation symbolique leur confère un sens inattendu. L’apport de l’ouvrage résulte également d’une lecture postcoloniale des cycles de résistance et d’assimilation de la société britannique : selon Hebdige, chaque sous-culture blanche (teddy boys, mods, punks, skinheads…) est une énonciation spécifique des interactions de la communauté ouvrière avec l’immigration noire. La version traduite du texte, disponible désormais aux éditions de La Découverte, permet d’évaluer avec trente ans de retard ce décloisonnement des disciplines propres aux cultural studies et dont la France s’est longtemps tenue écartée. G.D.

Dick Hebdige, Sous-culture : le sens du style. Trad. Marc Saint-Upéry, 156 pages, 14 x 20 cm, 13 euros, éditions La Découverte, collection Zones, 2008.

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